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26/10/2017 03:25 EDT | Actualisé 26/10/2017 03:40 EDT

Italie/Anne Frank - L'ombre brune de la Lazio

Croix celtiques, cris de singe, saluts fascistes et désormais photos détournées d'Anne Frank: Les "Ultras" de la Lazio Rome sont régulièrement épinglés pour des actes racistes ou antisémites.

Pour le sociologue Sébastien Louis, spécialiste des mouvements Ultras, "il y a toujours eu une coloration d'extrême-droite" chez ces supporters mais les derniers incidents ramènent aussi à "une rhétorique de stade".

. Le club qui a dit non à Mussolini

Souvent caricaturée en "club fasciste", la Lazio est pourtant le club qui a dit non à Mussolini. Fondée en 1900, bien avant la création du mouvement fasciste, la Lazio a refusé de participer à la fusion de plusieurs clubs de la capitale italienne, voulue par Mussolini et qui a abouti à la naissance de l'AS Rome en 1927.

Mais la présence dans ses rangs de joueurs qui ne cachaient pas leur sympathie pour les thèses fascistes, comme plusieurs membres de l'équipe championne d'Italie en 1974 ou comme Paolo Di Canio, auteur d'un salut romain devant ses supporters en 2005, a participé à la construction de l'image sulfureuse de la Lazio.

Et au sein des groupes Ultras qui occupent aujourd'hui la Curva Nord (virage Nord) du Stade Olympique, "il y a toujours eu une coloration d'extrême-droite, qui s'est accentuée au fil des années", assure Sébastien Louis, sociologue spécialiste du supporterisme radical en Europe.

"En 1979, les Vikings sont un des premiers groupes à amener de la politique au stade. Mais le terrain était fertile dès les années 1970 en Italie, avec une forte présence de l'extrême-gauche, mais aussi de l'extrême-droite à Rome, qui est une ville noire à cette époque", explique-t-il à l'AFP.

Aujourd'hui, le groupe dominant en Curva Nord, est celui des "Irriducibili", créé en 1987. "Là encore, on a des gens qui baignent dans ce terreau d'extrême-droite. Mais il y a une politisation de surface, d'affichage. Si on cherche des militants réellement actifs politiquement, on parle en dizaines, même pas une centaine", sur une tribune de près de 10000 places.

. Antisémitisme et rhétorique de stade

La Curva Nord étant suspendue pour des cris de singe lors d'un match contre Sassuolo, c'est dans le virage Sud que les tifosi de la Lazio sont allés coller des photos d'Anne Frank portant le maillot de l'AS Roma.

Les insultes et provocations antisémites ont longtemps été courantes dans le football italien.

"Dans les années 90, il y a un concours d'affichage d'extrême-droite, avec des banderoles antisémites horribles, mais pas seulement à la Lazio. Ca s'est vu aussi à la Roma, à l'Inter ou à la Sampdoria à propos de l'AC Milan, avec des chants +rossoneri ebrei+ (rouges et noirs, juifs, ndlr"), rappelle Sébastien Louis.

Plus récemment, la Juventus Turin a également été sanctionnée pour un chant antisémite entonné par ses supporters à l'encontre de ceux de la Fiorentina.

"On est très largement dans une rhétorique de stade. Il n'y a rien de réfléchi, aucune explication particulière. C'est imbécile, c'est un manque de culture, mais pour eux c'est une insulte comme une autre, même si elle est plus volontiers utilisée dans des virages où l'extrême-droite est présente", explique Sébastien Louis.

. Déni et solidarité

L'idée d'une rhétorique de stade est d'ailleurs présente dans le discours des Irriducibili qui, dans deux communiqués récents, assurent à propos des cris de singe qu'il "n'y a rien de raciste dans ce que nous faisons", ou quant aux photos d'Anne Frank que "les moqueries et le chambrage ne sont pas un délit".

Régulièrement, les Ultras de la Lazio et d'ailleurs regrettent également que leurs initiatives positives ne soient pas plus mises en valeur.

"Comme la provocation, la solidarité fait partie de la culture Ultras. Avant le match de la Lazio à Nice, ils ont été devant le monument en mémoire des victimes de l'attentat. Ils récoltent de l'argent pour des bonnes causes, ils font des collectes de sang. Il y a eu des mobilisations très fortes des Ultras après les séismes ou lors des inondations à Livourne", confirme Sébastien Louis.

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