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25/10/2017 20:45 EDT | Actualisé 25/10/2017 21:00 EDT

Amazonie: les virus apportés par les Blancs ont décimé les Waiapi

Tzako Waiapi se souvient parfaitement du jour où il est tombé pour la première fois sur un homme blanc alors qu'il chassait dans la forêt amazonienne: en quelques mois presque toutes les personnes qu'il connaissait sont mortes.

Cette rencontre entre deux mondes au début des années 70 a été saisissante pour lui et a aussi marqué le début d'une tragédie.

D'un côté, il y avait des membres de la tribu des Waiapi. De l'autre les pionniers d'un Brésil obsédé par la conquête de la forêt et l'exploitation de ses ressources.

Aucun des deux mondes n'était conscient de l'existence de l'autre.

"Les Blancs ont sorti leur revolvers, nous nos flèches, et nous nous sommes retrouvés face à face", raconte à l'AFP le vieux chef du village de Manilha, dans l'Amazonie brésilienne.

La confrontation a été pacifique. Mais les chercheurs d'or qui se sont enfoncés dans la forêt avaient apporté avec eux une arme bien plus mortelle pour la tribu des Waiapi que des revolvers.

Les virus de la rougeole ou de la grippe, traités depuis longtemps dans les pays développés, ont eu l'effet d'une bombe mortelle sur les indigènes.

"Les Waiapi ne connaissaient pas ces maladies et elles ont tué les gens très vite", dit Tzako Waiapi, qui se balance dans un hamac sous un auvent en palmier, entouré de poulets et de membres de sa famille seulement vêtus de pagnes rouge vif.

"On a eu la grippe, et puis on allait mieux", dit-il. "Alors quand on a attrapé la rougeole, on a pensé qu'on allait guérir. Mais la rougeole c'est plus puissant et en une journée les gens mouraient".

Tzako Waiapi ne sait pas exactement quel âge il a, mais cet homme à la fois fort et mince pense être octogénaire. Les souvenirs de l'horreur traversée quand il était jeune homme sont toujours frais dans sa mémoire.

"Il ne restait plus personne pour enterrer les morts", dit-il, "les animaux dévoraient les cadavres parce qu'il ne restait plus aucun membre de la famille pour les enterrer".

- Absence de personnes âgées -

Il se souvient de ceux qu'il aimait et qui sont morts: sa femme, son père, sa belle-mère, son beau-frère, des enfants. Puis il interrompt son décompte morbide et fait un signe las de la main pour signifier qu'il y en a eu trop pour les compter.

"On a volé leurs enfants aux Waiapi", lâche-t-il en langage waiapi, traduit en portugais par son fils cadet.

Un recensement indique que la population des Waiapi, d'environ 2.000 membres, était tombée à 151 individus en 1973.

Des Waiapi estiment aujourd'hui que d'autres membres de cette tribu vivant entre Brésil et Guyane française ont pu échapper à l'hécatombe grâce à leur isolement.

Les survivants, soutenus par un programme de vaccination du gouvernement brésilien, ont permis à la tribu de reconstituer ses forces, en partie. Elle compte aujourd'hui 1.200 membres.

Si on est frappé par l'absence inquiétante de personnes âgées dans les villages des Waiapi -- ceux qui ont été tués dans les années 70s -- on remarque qu'il y a des enfants partout.

Le vieux chef est très respecté des siens et c'est son fils qui lui succèdera, la charge étant hériditaire. En attendant, il passe beaucoup de temps dans son hamac, à chanter, à parler aux autres.

Aujourd'hui, les Waiapi n'ont plus peur des maladies de l'homme blanc mais de la pression des lobbys industriels soutenus par le gouvernement de centre droit de Michel Temer pour livrer leurs forêts à l'exploration minière et l'abattage massif du bois.

Le gouvernement a provoqué un tel tollé il y a deux mois en autorisant les compagnies minières privées à prospecter dans la Renca, une réserve d'Amazonie grande comme la Suisse, qu'il a dû faire machine arrière.

"Nous nous battons pour que cela ne se reproduise jamais. C'est ce que je dis à mes enfants, mes petits-enfants, mon peuple", assure le chef Tzako Waiapi.

"Nous sommes prêts à aller jusqu'à la guerre maintenant. Nous ne reculerons jamais".

sms-pt/juf