NOUVELLES
24/10/2017 03:37 EDT | Actualisé 24/10/2017 03:40 EDT

Travail détaché: Macron décroche sa première réforme européenne

Avec le compromis sur la révision de la directive du travail détaché, le président français Emmanuel Macron a décroché sa première réforme sur le plan européen même si, en France, une partie de l'opposition évoque un "non-événement".

En première ligne sur ce dossier sensible, le chef de l'État français, élu en mai sur un programme résolument pro-européen, en avait fait l'une de ses promesses de campagne. A l'issue de négociations marathon qui ont duré douze heures à Luxembourg, les ministres du Travail de l'UE sont parvenus lundi soir à un compromis, poussant aussitôt la France à célébrer "une victoire pour l'Europe".

Pour plusieurs médias français, c'est aussi une victoire pour M. Macron, "sa première au niveau de l'Union européenne", souligne le journal Le Monde, en rappelant les autres chantiers ouverts par Paris pour une "Europe qui protège", comme la politique commerciale de l'Union ou la taxation des géants du numérique.

La réforme sur la directive du travail détaché était jugée particulièrement nécessaire par la France, mais aussi d'autres pays d'Europe de l'Ouest, comme l'Allemagne et les trois du Benelux, car le détachement fait l'objet de nombreuses fraudes.

L'objectif majeur de la réforme de la directive est d'avoir un "salaire égal, à travail égal, sur un même lieu de travail".

En effet, dans la directive initiale, il était simplement spécifié que les travailleurs détachés doivent toucher le salaire minimum du pays d'accueil.

Or l'élargissement de l'UE à l'Est en 2004, avec l'arrivée de dix nouveaux pays, aux niveaux de vie et salaires plus bas, a bouleversé la donne, engendrant une concurrence déloyale entre entreprises et du dumping social.

En France, la question du travail détaché était devenue un cheval de bataille des eurosceptiques, même si le pays a seulement accueilli 200.000 travailleurs détachés en 2015, selon les chiffres de l'UE.

M. Macron s'était fortement engagé sur le dossier jusqu'à provoquer de vives tensions avec certains pays de l'Est dont la Pologne, l'un des quatre États membres à s'opposer lundi à l'accord, avec la Hongrie, la Lettonie et la Lituanie.

- 'La victoire d'une méthode' -

Trois pays se sont abstenus, le Royaume-Uni, l'Irlande et la Croatie, mais tous les autres ont fini par se montrer favorables au texte, y compris la Roumanie, la Bulgarie, la Slovaquie ou encore la République tchèque, qui étaient récalcitrants au départ.

"Il s'agit d'une victoire pour le droit des travailleurs. Il s'agit aussi de la victoire d'une méthode", a commenté mardi le porte-parole du gouvernement français Christophe Castaner.

Paris se targue d'avoir réussi à imposer la limite des 12 mois maximum pour la durée du détachement, ce système qui permet à des Européens de travailler dans un pays étranger en cotisant dans leur pays d'origine. Avec toutefois un bémol, puisque cette durée peut être rallongée de 6 mois à la demande de l'entreprise, sur décision du pays d'accueil.

La France a également dû faire des concessions sur le secteur du transport routier, car les pays de Visegrad (Pologne, Hongrie, Républiques tchèque et slovaque), mais aussi l'Espagne et le Portugal, s'inquiétaient des conséquences négatives pour leurs chauffeurs.

- 'Les routiers abandonnés' -

"Les routiers, premier métier exposé, sont abandonnés", a dénoncé Jean-Luc Mélenchon, le chef de file de La France insoumise (gauche radicale) qui s'est érigé comme le contradicteur numéro un du président Macron sur la scène politique.

"L'accord européen sur les travailleurs détachés est un cruel trompe-l'oeil. Les cotisations sociales des travailleurs détachés restent payées dans le pays d'origine. Le dumping social va donc continuer impunément", a ajouté Jean-Luc Mélenchon.

A l'autre bout de l'échiquier, Marine Le Pen, cheffe du Front national (extrême droite) et finaliste de la présidentielle, a fustigé un accord en forme de "non-événement qui "constitue en réalité une capitulation".

Du côté des syndicats, Philippe Martinez, numéro un du syndicat CGT, a estimé que la situation était "moins pire qu'avant" même si "le problème n'est pas réglé". L'accord "va dans le bon sens", a commenté pour sa part Jean-Claude Mailly, le leader de Force ouvrière, un autre syndicat.

"L'Europe est un ensemble qui progresse par compromis positifs. Ceci est un compromis positif", a tranché Michel Sapin, ancien ministre socialiste du Travail, insistant que ce n'est "jamais un pays qui impose sa volonté à l'ensemble des autres".

bur-jk/jg/pg