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24/10/2017 05:06 EDT | Actualisé 24/10/2017 05:20 EDT

Travail détaché: Macron arrache sa première réforme européenne

Avec le compromis sur la révision de la directive du travail détaché, le président français Emmanuel Macron a décroché sa première réforme sur le plan européen même si, en France, opposition et syndicats dénoncent des concessions, voire des "sacrifices".

En première ligne sur ce dossier sensible, le chef de l'État français, élu en mai sur un programme résolument pro-européen, en avait fait l'une de ses promesses de campagne. A l'issue de négociations marathon qui ont duré douze heures à Luxembourg, les ministres du Travail de l'UE sont parvenus lundi soir à un compromis, poussant aussitôt la France à célébrer "une victoire pour l'Europe".

Cet accord est la "démonstration que l'Europe protège contre les excès de l'instabilité des règles, du contournement de celles-ci et du dumping social", a déclaré mardi le président Macron.

Pour plusieurs médias français, il s'agit d'une victoire personnelle pour le président, "sa première au niveau de l'Union européenne", souligne le journal Le Monde, "qui offre à M. Macron un premier symbole essentiel pour démontrer qu'une évolution vers davantage de +protection+ est possible pour les salariés dans le cadre européen.

La réforme sur la directive du travail détaché était jugée particulièrement nécessaire par la France, mais aussi d'autres pays d'Europe de l'Ouest, comme l'Allemagne et les trois du Benelux, tant le détachement est accusé de "dumping social".

L'objectif majeur de la réforme est d'avoir un "salaire égal, à travail égal, sur un même lieu de travail". Dans la directive initiale, il était simplement spécifié que les travailleurs détachés doivent toucher le salaire minimum du pays d'accueil.

Or l'élargissement de l'UE à l'Est en 2004, avec l'arrivée de dix nouveaux pays, aux niveaux de vie et salaires plus bas, a bouleversé la donne, engendrant une concurrence déloyale entre entreprises.

En France, la question du travail détaché était devenue un cheval de bataille des eurosceptiques, même si le pays a seulement accueilli 200.000 travailleurs détachés en 2015, selon l'UE.

M. Macron s'était fortement engagé sur le dossier jusqu'à provoquer de vives tensions avec certains pays de l'Est dont la Pologne, l'un des quatre États membres à s'opposer lundi à l'accord, avec la Hongrie, la Lettonie et la Lituanie.

- 'Un gain politique' -

Trois pays se sont abstenus, le Royaume-Uni, l'Irlande et la Croatie, mais tous les autres ont fini par se montrer favorables au texte, y compris la Roumanie, la Bulgarie, la Slovaquie ou encore la République tchèque, qui étaient récalcitrants au départ.

Paris se targue d'avoir réussi à imposer la limite des 12 mois maximum pour la durée du détachement, ce système qui permet à des Européens de travailler dans un pays étranger en cotisant dans leur pays d'origine.

C'est "un gain politique de taille pour le chef de l'Etat au moment où celui-ci est accusé en France d'être le +président des riches+", analyse Le Monde.

- 'Les transporteurs sacrifiés' -

Paris a toutefois été contraint à des concessions: la durée du détachement peut être rallongée de 6 mois, avec l'aval du pays d'accueil, et le secteur du transport routier est exclu de l'accord.

Ces renoncements ont été critiqués par l'opposition de droite comme de gauche, et les syndicats.

Les transporteurs français ont été "sacrifiés" pour parvenir à un accord "historiquement scandaleux", estime la fédération patronale des routiers (OTRE).

"L'accord est un cruel trompe-l'oeil. Les cotisations sociales des travailleurs détachés restent payées dans le pays d'origine. Le dumping social va donc continuer impunément", a dénoncé Jean-Luc Mélenchon, leader de la gauche radicale.

Eric Woerth, président LR (droite) de la Commission des finances, juge "l'avancée très faible". "Le problème ce sont les charges sociales", estime-t-il.

Marine Le Pen, cheffe du Front national (extrême droite), quant à elle a fustigé un accord en forme de "non-événement qui constitue en réalité une capitulation".

Philippe Martinez, numéro un du syndicat CGT, a estimé que la situation était "moins pire qu'avant" même si "le problème n'est pas réglé". L'accord "va dans le bon sens", a commenté pour sa part Jean-Claude Mailly, le leader de Force ouvrière, un autre syndicat.

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