NOUVELLES
24/10/2017 05:15 EDT | Actualisé 24/10/2017 05:20 EDT

Le Parlement kurde d'Irak reporte les législatives de huit mois

Le Parlement du Kurdistan irakien a reporté mardi les élections législatives et présidentielle, conséquence de la crise que traverse cette région autonome dont la classe politique se déchire après la perte d'importants territoires face aux forces irakiennes.

Le 25 septembre, le président kurde Massoud Barzani avait organisé dans la liesse un référendum d'indépendance, se lançant dans un aventureux pari avant, avait-il prévenu, de céder la place lors de l'élection présidentielle alors prévue le 1er novembre.

Le "oui" l'a massivement emporté mais a aussi déclenché une crise sans précédent avec Bagdad, qui a envoyé ses troupes reprendre le contrôle des zones du nord de l'Irak dont les combattants kurdes s'étaient emparés en 2014, dans le chaos créé par la percée du groupe Etat islamique (EI), et après l'invasion américaine de 2003.

Mardi, le Parlement kurde, en l'absence de l'opposition, a voté le report de huit mois des élections législatives, qui étaient également prévues le 1er novembre, mais il n'a pas annoncé de nouvelle date pour la présidentielle.

La tenue de cette dernière élection semblait déjà largement compromise depuis un mois car l'unique candidature, celle de Mohammad Toufic Rahim, célèbre opposant à M. Barzani, avait été refusée au motif qu'elle avait été déposée trop tard.

"Le Parlement du Kurdistan a décidé (mardi) de reporter les élections parlementaires dans la région autonome de huit mois", a indiqué à l'AFP Bahzad Zebari, député de l'Union islamique du Kurdistan.

De son côté, Farsat Sofi, député du Parti démocratique du Kurdistan (PDK de Massoud Barzani), a déclaré à l'AFP que "le Parlement choisira la date des élections" législatives et présidentielle".

En outre, a ajouté M. Zebari, "le Parlement a décidé de geler les activités de la présidence du Kurdistan".

Cette instance regroupe notamment M. Barzani, chef du PDK, son vice-président Kosrat Rassoul, membre de l'Union patriotique du Kurdistan (UPK), rival historique du PDK, ainsi que le chef du cabinet présidentiel, Fouad Hussein.

Le mandat de M. Barzani, premier et unique président élu de la région autonome, a expiré en 2013. Il a été prolongé de deux ans puis s'est poursuivi dans le chaos créé par les jihadistes.

- 'Entêtement' -

Le gel des activités de la présidence et le fait que son mandat n'a pas été prolongé une nouvelle fois par le Parlement mettent juridiquement un terme aux prérogatives de M. Barzani.

Conformément à la législation du Kurdistan, c'était lui qui avait décidé d'organiser les élections générales le 1er novembre.

Mais après le vote de mardi, c'est désormais le Parlement qui annoncera le nouveau calendrier électoral, ont expliqué plusieurs parlementaires.

La majorité des députés du PDK et de l'UPK ont participé au vote tandis que les 30 députés des partis d'opposition Goran et Jamaa Islamiya ont boycotté la session.

Goran réclame la démission de MM. Barzani et Rassoul et plaide pour un "gouvernement de salut national" pour éviter au Kurdistan, qui traverse une grave crise économique, plus de divisions et de déboires politiques face à Bagdad désormais en position de force.

Ces derniers jours, Erbil et Bagdad ont chacun émis des mandats d'arrêt visant de hautes personnalités politiques et militaires adverses.

Et sur le terrain, après plus d'une semaine de mouvements de troupes majoritairement sans violence --les rares combats ayant fait une trentaine de morts--, la situation reste tendue.

Un responsable des services de sécurité de la province de Ninive (nord) a fait état mardi d'affrontements entre des unités paramilitaires du Hachd al-Chaabi et des combattants kurdes en direction du poste-frontière avec la Turquie de Fichkhabour.

"Les mouvements du Hachd et son entêtement à vouloir avancer au mépris des accords est un signe clair que ses intentions sont mauvaises à l'encontre du peuple kurde", a accusé le ministère des combattants kurdes.

str-sf/sbh/sk/bpe