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24/10/2017 10:19 EDT | Actualisé 24/10/2017 10:40 EDT

Journaliste tuée à Malte: le Parlement européen pour une "enquête internationale"

Le président du Parlement européen Antonio Tajani a demandé mardi une "enquête internationale" pour élucider l'assassinat à la voiture piégée de la journaliste et blogueuse anti-corruption maltaise Daphne Caruana Galizia.

"Je pense qu'Europol doit aussi être impliquée, dans le cadre d'une enquête internationale", a déclaré M. Tajani après avoir appelé les autorités maltaises à faire "tous les efforts nécessaires" pour retrouver les responsables.

Pour la Commission européenne, la "priorité" est qu'une enquête "indépendante et approfondie" permette de traduire en justice les responsables de ce meurtre, a dit dans la soirée le vice-président de l'exécutif européen, Frans Timmermans, lors d'un débat consacré à cette affaire dans l'hémicycle du Parlement à Strasbourg.

"Le meurtre violent et brutal de Daphne, le fait qu'il ait eu lieu ici, dans un Etat membre de l'UE, est profondément choquant", a-t-il ajouté, rendant hommage au rôle de "poil à gratter" pour la démocratie de la blogueuse assassinée.

Daphne Caruana Galizia, tuée le 16 octobre, "était une sentinelle, un soldat en première ligne dans la défense de nos valeurs", a affirmé de son côté M. Tajani. Son meurtre "ne doit pas rester impuni (...) Avec quelle crédibilité pouvons-nous défendre les journalistes du monde, si nous ne sommes pas capables de leur offrir protection et justice chez nous?"

Il a annoncé que la salle de presse installée au sein du siège de l'institution à Strasbourg porterait désormais le nom de la journaliste maltaise.

Les eurodéputés ont observé une minute de silence, en présence des trois fils et du veuf de la défunte. Certains membres de la famille accusent les autorités de la Valette de complicité dans le drame.

Pour le chef de file du principal groupe politique au Parlement, le conservateur allemand Manfred Weber, "au-delà de la liberté de la presse, la question est de savoir si l'Etat maltais fonctionne encore".

La journaliste de 53 ans, souvent qualifiée de "Wikileaks à elle toute seule", avait révélé plusieurs scandales, s'attaquant avec virulence à des proches du Premier ministre travailliste Joseph Muscat mais aussi plus récemment au chef de l'opposition nationaliste (centre droit).

Le gouvernement maltais a promis une récompense d'un million d'euros à quiconque apporterait des informations permettant d'aboutir à l'identification des responsables de l'assassinat.

Les eurodéputés ont par ailleurs voté mardi à Strasbourg une résolution (399 voix pour, 101 contre, 166 abstentions), appelant la Commission européenne à proposer des règles "d'ici la fin de l'année" pour assurer une protection des lanceurs d'alerte à l'échelle européenne.

Ils ont notamment demandé de mettre en place des "mécanismes de signalement pour faciliter le lancement d'alertes", que ce soit au sein de structures ou en s'adressant à des ONG ou à la presse.

Les députés veulent aussi des "sanctions à l'encontre de ceux qui tentent d'empêcher les lanceurs d'alerte de s'exprimer" et la création d'une "aide financière et juridique" pour les lanceurs d'alerte.

"Nous avons eu des révélations, des scandales et des procès, maintenant le temps est venu pour une action de l'UE", a exhorté Nicholas Aiossa, un responsable de l'ONG Transparency International. "Il est désormais de la responsabilité de la Commission d'écouter les voix des journalistes, de la société civile et du Parlement européen".

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