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24/10/2017 13:00 EDT | Actualisé 24/10/2017 13:02 EDT

«J'ai peut-être eu peur de perdre» en se présentant pour le PQ, admet Duceppe

MONTRÉAL — Gilles Duceppe reconnaît dans une nouvelle biographie que sa «peur de perdre» peut avoir motivé sa décision de ne pas briguer la chefferie du Parti québécois (PQ), lui qui avait envisagé de se présenter aux courses de 2005 et 2007.

«Gilles Duceppe. Bleu de coeur et de regard» sera publié jeudi par la maison d'édition Hurtubise. L'ex-journaliste de Radio-Canada Robert Blondin y raconte entre autres les tiraillements qui habitaient M. Duceppe et son entourage lorsque le poste de chef du PQ s'est libéré à deux reprises. 

M. Duceppe affirme avoir «fait une erreur» en ne faisant pas le saut à Québec lorsque l'occasion s'est présentée en 2005.

Cette année-là, toutes les planètes semblaient alignées pour lui. Bernard Landry avait démissionné après avoir obtenu un vote de confiance décevant de la part des membres et Gilles Duceppe, fraîchement réélu en 2004, voguait sur l'impopularité du gouvernement libéral provoquée par le scandale des commandites.

Et «l'establishment» du PQ semblait être derrière lui. Bernard Landry l'appuyait, mais il a confié à l'auteur qu'il n'avait pas pris position publiquement «pour ne pas foutre le bordel avec Pauline (Marois)», qui s'est aussi présentée dans cette course qu'a remportée André Boislcair.

Lucien Bouchard l'avait également encouragé à se lancer, mais il s'était ravisé parce qu'il craignait les querelles, selon l'auteur. Jacques Parizeau aurait aussi dit à M. Duceppe qu'il préférait sa candidature à celle de M. Boisclair.

Son entourage, dont sa femme Yolande Brunelle, voulait apparemment qu'il se lance.

Gilles Duceppe a toutefois choisi de rester à Ottawa pour, dit-il, ne pas «dégarnir l'appareil du Bloc comme Lucien Bouchard l'a fait quand il est passé au PQ».

Son conseiller Stéphane Gobeil a toutefois suggéré à l'auteur du livre que le principal intéressé craignait plutôt de «décevoir tous ces gens qui le voient populaire, lui si populaire en demeurant toujours vierge de pouvoir.

«Il craint la responsabilité d'avoir un jour à déclencher personnellement un référendum. Il a peur de ne pas être à la hauteur des attentes qui se manifestent autour de lui», écrit Robert Blondin.

«Une erreur d'avoir voulu y aller»

En 2007, le contexte est tout autre. Pauline Marois était pressentie pour être couronnée, mais Gilles Duceppe croit à l'époque pouvoir la battre. C'est Lucien Bouchard qui le convaincra de poser sa candidature, selon la biographie.

Voyant qu'il manque d'appuis, Gilles Duceppe retire rapidement sa candidature. «Donc ça a été une première erreur de ne pas y aller. La deuxième, c'était, trois ans plus tard, d'avoir voulu y aller», a-t-il confié.

M. Duceppe admet au biographe que la première fois aurait probablement été la bonne. «J'aurais dû me présenter quand Bernard (Landry) a démissionné. Tout était là pour que je vienne, alors j'aurais dû être ferme avec mon monde et imposer mon point de vue», a-t-il déclaré, précisant qu'il se serait assuré que le nouveau chef du Bloc ait une équipe solide.

«C'est ça que j'aurais dû faire, c'est clair, et il y a personne qui se serait présenté dans une campagne au leadership du PQ, ou il en aurait mangé une maudite.»

Retour sur les défaites de 2011 et 2015

Dans l'ouvrage, Gilles Duceppe revient aussi sur ses défaites personnelles survenues aux élections fédérales de 2011 et 2015. Avec le recul, il aurait essayé de «négocier plus fort» avec l'ancien premier ministre conservateur Stephen Harper pour éviter que son gouvernement ne tombe en 2011.

«Moi, je ne la sentais pas, celle-là. On n'était pas prêts», dit-il. En mai 2011, le Bloc québécois est presque rayé de la carte du Québec au profit du Nouveau Parti démocratique (NPD) de Jack Layton et M. Duceppe est battu dans sa propre circonscription.

Le politicien avoue qu'il a eu après cette épreuve des idées suicidaires. «C'était effrayant l'état dans lequel il était. On l'appelait pour essayer de lui remonter le moral, voir s'il allait mieux. On s'inquiétait pour lui», a raconté sa soeur, Louise, au biographe.

En 2015, il tente un retour à Ottawa en dirigeant le Bloc québécois, mais il est une fois de plus battu. Vraisemblablement, la défaite n'a pas été aussi amère: «Ma défaite, si elle devait s'imposer, était digérée d'avance», a-t-il affirmé.

On apprend d'ailleurs dans la biographie que cette année-là, Gilles Duceppe aurait offert le poste de chef du Bloc québécois à l'ancien chef d'Option nationale, Jean-Martin Aussant, qui aurait décliné l'invitation.