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24/10/2017 05:39 EDT | Actualisé 24/10/2017 06:00 EDT

Chine: la "pensée Xi Jinping", nouvelle boussole du Parti

La "pensée Xi Jinping", incluse mardi dans la charte du Parti communiste chinois (PCC), entend ouvrir une "nouvelle ère": il s'agit de s'attaquer aux déséquilibres socio-économiques et de rétablir la place du géant asiatique parmi les puissances mondiales.

Jusqu'à présent, seuls étaient inscrits dans les statuts du PCC les noms de Mao Tsé-toung (fondateur de la République populaire) et de Deng Xiaoping (l'artisan des réformes économiques lancées à la fin des années 1970).

Voici trois questions sur l'entrée du leader de 64 ans au panthéon communiste chinois.

Quelle est cette "pensée" ?

Réunis pour le congrès quinquennal du Parti, quelque 2.300 délégués ont approuvé mardi à l'unanimité l'inclusion dans la charte du PCC de "la Pensée Xi Jinping du socialisme à la chinoise de la nouvelle ère".

Le principe directeur se veut la "grande renaissance de la nation": la réaffirmation de la Chine en puissance prospère et respectée dans le monde, après plus d'un siècle et demi de déclin et d'humiliations.

Cela contraste avec l'approche de Deng Xiaoping, au pouvoir dans les années 1980-1990: se développer dans l'ombre et la discrétion en attendant son heure.

Après quatre décennies de croissance effrénée, la Chine est entrée dans "une nouvelle ère", marquée par des "contradictions", estime M. Xi. Il appelle à résoudre "les déséquilibres de développement", les inégalités sociales, et à répondre aux "besoins croissants" de la population pour une meilleure qualité de vie.

Pour cela, il veut rééquilibrer le modèle économique en misant sur l'innovation, améliorer la protection sociale, l'Etat de droit "socialiste", ou encore assurer la "coexistence harmonieuse entre l'homme et la nature".

Ses "nouvelles routes de la Soie", gigantesque programme d'infrastructures initié par Xi Jinping, doivent accroître l'influence chinoise à travers le globe.

L'objectif est, d'ici 2050, de transformer la Chine en "grand Etat socialiste moderne". Le pays sera alors doté d'une armée "de premier rang mondial".

Mais pas de libéralisation politique au programme. "Tout doit être placé sous la direction du PCC", selon M. Xi: gouvernement, armée et société civile.

Quelles conséquences ?

Avec le nom de Xi Jinping écrit noir sur blanc dans la charte du Parti, tout écart à la ligne politique tracée par le dirigeant suprême paraît désormais impossible.

"Cela signifie que son autorité a été reconnue par l'ensemble du Parti", fort de 89 millions de membres, estime le politologue chinois Hu Xingdou.

La propagande du Parti devrait faire une abondante promotion de la "pensée Xi Jinping".

Le ministre chinois de l'Education a déjà annoncé son intégration aux programmes scolaires. Elle ira "dans les manuels, les classes, et dans les têtes (des élèves)", a déclaré Chen Baosheng, selon le journal hongkongais South China Morning Post.

Par ailleurs, Xi Jinping sera en mesure "d'accélérer les réformes" économiques promises, même si cela ne "devrait pas régler les problèmes structurels de la Chine" (endettement et surcapacités), souligne Julian Evans-Pritchard, analyste du cabinet Capital Economics.

Pourquoi est-ce significatif ?

Aucun dirigeant depuis Mao (1893-1976) n'avait vu son apport théorique célébré et inscrit dans les statuts du Parti alors qu'il était encore en fonction.

Le maoïsme -- caractérisé par la prééminence accordée aux "masses", la lutte des classes et la critique de "l'impérialisme" -- avait été abondamment propagé par le "Petit Livre rouge", bible de la "pensée Mao Tsé-toung".

La "théorie Deng Xiaoping" est entrée dans la charte après sa mort, en 1997. Mais cette théorisation du pragmatisme n'était pas élevée au niveau de "pensée".

A contrario, la "pensée Xi" fait immanquablement écho à la "pensée Mao Tsé-toung".

Les prédécesseurs de Xi Jinping, Jiang Zemin et Hu Jintao, avaient pour leur part simplement ajouté aux statuts du Parti des principes. Ils avaient été inclus à leur départ du pouvoir... et sans mentionner leur nom.

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