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24/10/2017 09:04 EDT | Actualisé 24/10/2017 09:20 EDT

Brésil : suspension d'une ordonnance contestée sur l'esclavage moderne

La justice brésilienne a suspendu mardi l'application d'une ordonnance hautement polémique du gouvernement conservateur de Michel Temer qui assouplit les normes régissant la lutte contre l'esclavage moderne.

Une juge du Tribunal de Justice (STJ), Rosa Weber, a pris cette mesure après avoir été saisie par le parti de gauche écologiste Rede et c'est la Cour suprême qui aura le dernier mot.

Avec cette ordonnance, les conditions de travail qui s'assimilent à de l'esclavage moderne sont presque exclusivement limitées aux situations de privation de liberté. Le texte ne prend plus en compte les notions de conditions dégradantes stipulées auparavant.

L'ordonnance du gouvernement avait suscité une avalanche de critiques au Brésil, dernier pays d'Amérique à avoir aboli l'esclavage, en 1888, et où de nombreuses plaintes sur l'esclavage moderne visent les grands propriétaires terriens.

L'ex-président Fernando Henrique Cardoso avait qualifié de "recul inacceptable" ce texte très critiqué aussi par l'Organisation internationale du Travail (OIT).

Quant à la représentation des Nations unies au Brésil, elle avait exprimé sa "profonde inquiétude" devant la mesure du gouvernement de centre droit.

Pour l'ONU, l'ordonnance publiée en début de semaine dernière dans le journal officiel par le ministère du Travail "tend à rendre plus difficile" en fait le combat contre l'esclavage moderne.

Des inspecteurs du travail chargés du lutter contre l'esclavage moderne ont même fait grève, considérant que les nouvelles règles enfreignaient la Constitution brésilienne, ainsi que de nombreuses conventions internationales.

Le député Alessandro Molon, du parti Rede, a affirmé que le gouvernement avait voulu ainsi s'assurer le soutien du puissant lobby ruraliste lors du vote cette semaine des députés sur une mise en accusation du président Temer qui pourrait l'éloigner du pouvoir pour corruption.

Face au concert de critiques, le président Temer avait demandé au ministère du Travail de réviser le contenu de l'ordonnance, reculant une nouvelle fois devant une controverse suscitée par une mesure impopulaire.

pr-pt/mct