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23/10/2017 04:03 EDT | Actualisé 23/10/2017 04:20 EDT

Chine: des femmes pour les scandales, pas pour les hautes sphères

Stop à "la satisfaction des plaisirs": l'avertissement du numéro un chinois Xi Jinping à ses collègues du Parti communiste illustre les scandales sexuels visant nombre d'hommes corrompus au sommet du pouvoir, où l'absence des femmes reste criante.

Seul un quart des 2.300 délégués qui participent jusqu'à mardi au congrès quinquennal du parti au pouvoir sont des femmes.

"Les femmes portent la moitié du ciel", assurait le fondateur du régime Mao Tsé-toung dans un slogan des années 1950, exhortant à l'égalité des sexes après des millénaires de statut inférieur sous la Chine impériale.

Mais depuis la fondation de la République populaire par les communistes en 1949, aucune n'a accédé au sommet du pouvoir: le comité permanent du bureau politique du Parti communiste chinois (PCC) -- le groupe de sept personnalités qui dirige le pays.

Cette instance sera renouvelée mardi ou mercredi, mais sauf coup de théâtre elle devrait rester 100% masculine.

A l'échelon inférieur, le constat n'est guère différent. Les femmes ne sont qu'une dizaine au comité central, sorte de parlement interne du Parti, qui compte 205 membres.

- 'Sur le carreau' -

Une situation qui a poussé Guo Jianmei, avocate spécialiste du droit des femmes, à écrire une lettre en amont du congrès pour alerter les délégués sur le manque de femmes en politique.

"Mais il n'y a pas moyen de la remettre, car aucun représentant du Parti ne souhaite nous aider", déclare Mme Guo à l'AFP.

"La Chine n'a en général pas vraiment d'idée sur les moyens de promouvoir le statut des femmes en politique."

L'égalité entre les sexes est inscrite dans la constitution chinoise. Et à poste égal, les employées féminines sont en théorie payées au même niveau que leurs homologues masculins.

Mais les traditions sociales encouragent les femmes à privilégier leur vie de famille par rapport à leur carrière.

Illustration de cet état d'esprit: l'émergence au milieu des années 2000 d'un nouveau mot pour désigner les plus de 27 ans sans mari ou petit ami: "shengnü" -- c'est-à-dire "les femmes qui restent sur le carreau".

Mais pour une déléguée du congrès du Parti, beaucoup a déjà été fait.

"La Chine a déjà atteint l'égalité des sexes. Et le gouvernement soutient les aspirations des femmes", assure à l'AFP cette représentante originaire de Shanghai qui ne souhaite pas divulguer son nom.

A l'heure où les femmes sont absentes des plus hautes sphères du pouvoir, la campagne anticorruption lancée en 2012 par M. Xi a mis au jour un grand nombre d'affaires d'adultère -- contraires aux règles morales du Parti.

- Sexe et concubines -

"Toute ligne de pensée ou de conduite cantonnée à la satisfaction de ses plaisirs, à l'inaction, à la paresse et à l'évitement des difficultés est tout simplement inacceptable", a martelé Xi Jinping la semaine dernière.

Le plus haut dirigeant à être tombé jusqu'ici dans le cadre de cette campagne anticorruption, l'ex-chef des services de sécurité Zhou Yongkang, était accusé d'avoir "commis l'adultère avec un grand nombre de femmes et d'avoir monnayé son pouvoir en échange de sexe et d'argent".

Et en septembre, l'ex-étoile montante du PCC, Sun Zhengcai, a été exclu pour avoir "gravement violé la discipline" et "profité de son pouvoir pour obtenir des faveurs sexuelles".

En 2013, une étude de l'Université du peuple à Pékin concluait que 95% des cadres tombés pour corruption avaient eu des relations extramaritales.

"C'est toujours très répandu", assure l'écrivaine pékinoise Zhang Lijia, qui s'est intéressée au sujet pour l'un de ses romans. "Dans l'ancien temps, les hommes faisaient étalage de leur statut social grâce à leurs nombreuses concubines. Aujourd'hui, cette pratique revient avec les maîtresses."

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