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18/10/2017 09:24 EDT | Actualisé 18/10/2017 09:40 EDT

Les incendies meutriers au Portugal font tomber une ministre

La ministre portugaise de l'Intérieur a démissionné mercredi après un torrent de critiques dénonçant l'incapacité du gouvernement à lutter efficacement contre les feux de forêt, qui ont fait plus de cent morts en quatre mois au Portugal.

"Après cet été, rien ne peut rester comme avant", a déclaré le Premier ministre Antonio Costa, en reconnaissant que les services de l'Etat avaient commis des "erreurs graves".

"Si vous souhaitez que je présente des excuses, je présente des excuses", a répondu le chef du gouvernement socialiste à un député de l'opposition, lors d'un débat au Parlement.

M. Costa, qui dirige l'exécutif minoritaire soutenu au Parlement par la gauche radicale, a accepté la démission de la ministre Constança Urbano de Sousa, dont le successeur n'a pas été désigné.

"Je ne disposais plus des conditions politiques et personnelles nécessaires à l'exercice de mes fonctions", a-t-elle expliqué dans sa lettre de démission.

En juin, le Portugal avait été frappé par le feu de forêt le plus tragique de son histoire qui avait fait 64 morts et plus de 250 blessés à Pedrogao Grande, à 100 km au nord de Lisbonne.

Le nombre de victimes des incendies de ce week-end est monté à 42 morts après le décès d'un blessé, qui a succombé à ses brûlures, selon un nouveau bilan fourni mercredi à l'AFP par la protection civile.

- Indignation dans la rue -

La veille, le président conservateur Marcelo Rebelo de Sousa avait demandé au gouvernement de "tirer toutes les conséquences de cette tragédie".

L'indignation s'est également fait entendre dans les rues de Lisbonne, où des centaines de personnes ont manifesté au mardi soir pour crier leur "honte" et appeler le gouvernement à la "démission".

De nouveaux rassemblements sont prévus samedi dans plusieurs villes du pays. Plusieurs milliers de personnes affichaient sur Facebook leur volonté de participer aux manifestations de Lisbonne et Porto (nord).

Le chef du gouvernement, qui résistait depuis quatre mois à laisser tomber Mme Urbano de Sousa, a fini par céder au flot de critiques l'accusant d'avoir été incapable d'éviter une deuxième catastrophe après celle de juin.

Le petit parti de droite CDS-PP, qui réclamait la démission de la ministre, a annoncé lundi son intention de déposer une motion de défiance contre le gouvernement, dont la date du vote n'a pas encore été fixée.

Soutenue par la principale formation d'opposition, le Parti social-démocrate (PSD, centre droit), la motion devrait être toutefois repoussée par la majorité de gauche composée par le Parti socialiste et ses alliées, le Bloc de gauche et le Parti communiste.

- Réaction tardive -

L'opposition estime que les services de la protection civile, chargée de coordonner la lutte contre les incendies, a tardé à engager sur le terrain les moyens nécessaires dès le départ des feux.

Le Portugal a enregistré sur la seule journée de dimanche plus de 500 départs de feu, du jamais vu depuis 2006. Attisés par les vents chauds provoquées par le passage de l'ouragan Ophelia au large de la péninsule ibérique, qui connaît une sécheresse sévère, les incendies ont également fait quatre morts dans la région voisine de Galice, dans le nord-ouest de l'Espagne.

La réaction tardive des services de secours avait déjà été pointée du doigt par une commission chargée par le Parlement d'étudier les causes des incendies de juin. Ces experts indépendants ont notamment dénoncé des nominations sans rapport avec les compétences au sein de la hiérarchie de la protection civile, placée sous la tutelle du ministère de l'Intérieur.

Ces spécialistes ont également relevé un manque de formation des pompiers volontaires et la vétusté de leur système de communication, pendant que la ministre préférait mettre l'accent sur les comportements négligents de la population, jugeant qu'aucun dispositif ne serait capable de lutter contre autant de départs de feu simultanés.

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