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17/10/2017 12:28 EDT | Actualisé 17/10/2017 12:40 EDT

Russie : assignation à résidence prolongée pour le metteur en scène Serebrennikov

Un tribunal russe a rejeté mardi la levée de son assignation à résidence demandée par le metteur en scène de théâtre et de cinéma Kirill Serebrennikov, inculpé de détournement de fonds publics.

Un juge de Moscou a ordonné que Serebrennikov reste assigné à résidence jusqu'au 19 janvier 2018, a rapporté l'agence RIA Novosti.

Serebrennikov, 47 ans, a été soumis à cette sanction depuis août. Il est accusé d'avoir détourné plus d'un million de dollars de subventions.

Directeur du centre théâtral Gogol et metteur en scène de pièces au Bolchoï de Moscou, Serebrennikov a qualifié ces accusations d'"absurdes".

Ses défenseurs ont présenté mardi des lettres de plus de 70 personnalités artistiques se portant garantes de son bon comportement s'il était libéré.

Les enquêteurs avaient en revanche demandé de prolonger son assignation à résidence, arguant du fait qu'il pourrait essayer de fuir, car il dispose d'un permis de résidence en Lettonie et d'une propriété en Allemagne.

Serebrennikov a souligné qu'il ne s'agissait là que d'une supercherie, étant donné que son passeport a été confisqué.

Il a ajouté avoir eu conscience qu'il faisait depuis des années l'objet d'une surveillance policière, mais décidé de ne pas quitter la Russie.

Un porte-parole du Kremlin a nié que cette affaire ait un rapport avec "la politique ou la censure", assurant qu'elle était liée à des "questions purement financières".

Metteur en scène reconnu en Europe et réalisateur de films présentés aux festivals de Cannes et Venise, Kirill Serebrennikov a été arrêté dans la nuit du 21 au 22 août et assigné à résidence, alors qu'il se trouvait en plein tournage à Saint-Pétersbourg et qu'il devait monter prochainement un opéra à Stuttgart, en Allemagne.

Selon les enquêteurs, il est soupçonné d'avoir, par un système de devis et factures gonflés, détourné 68 millions de roubles (un peu plus d'un million d'euros au taux actuel) entre 2011 et 2014 sur des subventions publiques de 214 millions de roubles (3 millions d'euros) accordées au projet "Plateforme" réalisé par son précédent théâtre, le Studio-7.

Sans s'opposer ouvertement au président Vladimir Poutine, le cinéaste avait plusieurs fois critiqué les pressions croissantes exercées sur la création artistique sous prétexte de promotion des valeurs conservatrices. Ses oeuvres, abordant des thèmes comme la politique, la religion ou la sexualité, étaient régulièrement critiquées par les militants orthodoxes ou les autorités.

Son arrestation avait suscité une vague d'indignation dans l'opposition et les milieux artistiques russes, mais aussi à l'étranger.

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