NOUVELLES
17/10/2017 01:13 EDT | Actualisé 17/10/2017 01:20 EDT

Catalogne: manifestations annoncées contre la détention de deux indépendantistes

Des manifestations sont attendues mardi en Catalogne contre le placement en détention de deux importants responsables indépendantistes inculpés de sédition, alors que la crise entre Madrid et les séparatistes catalans est de plus en plus aigüe.

"Nous appelons la société catalane à manifester, évidemment de manière pacifique", a déclaré à des journalistes Jordi Bosch, secrétaire général de l'association indépendantiste Omnium Cultural.

Lundi soir, une juge d'instruction a décidé le placement en détention de Jordi Cuixart et Jordi Sanchez, qui dirigent respectivement les deux principales associations indépendantistes de Catalogne, Omnium Cultural et l'Assemblée nationale catalane (ANC).

Leurs détentions interviennent après l'ultime délai accordé par Madrid au président séparatiste Carles Puigdemont, d'ici jeudi matin, pour qu'il renonce à déclarer l'indépendance de la région.

Les "deux Jordis", comme les surnomme la presse espagnole, appartiennent au noyau dur des responsables indépendantistes qui, au côté de Carles Puigdemont, ont planifié le référendum d'autodétermination du 1er octobre.

Ce scrutin interdit par la justice a été le déclencheur de la crise sans précédent qui oppose le gouvernement central dirigé par le conservateur Mariano Rajoy et les séparatistes, qui menacent de déclarer l'indépendance sur la base des résultats du référendum (90% de oui, 43% de participation) et en dépit de la profonde division de la société catalane sur le sujet.

La magistrate a estimé qu'ils risquaient de "détruire des preuves", et "récidiver", soulignant qu'ils appartiennent à un "groupe organisé" dont le but est de rechercher "en dehors de la légalité" l'indépendance de la Catalogne.

- Forte capacité de mobilisation -

La nouvelle du placement en détention a entraîné dans toute la Catalogne, une région grande comme la Belgique où vivent 16% des Espagnols, des concerts de casseroles, en signe de protestation.

Les appels à manifester se sont depuis répandus comme une traînée de poudre sur les réseaux sociaux.

Un bref arrêt de travail est prévu à midi (10H00 GMT) pour réclamer "la libération des prisonniers politiques" et des rassemblements devant les préfectures sont annoncés pour la fin de l'après-midi.

Avant d'être placé en détention, Jordi Cuixart avait enregistré une vidéo diffusée dans la nuit. "Je veux vous envoyer un message de sérénité", dit-il en précisant que s'il le faut son organisation travaillera "dans la clandestinité", mais de manière pacifique.

Jordi Cuixart et Jordi Sanchez sont soupçonnés d'avoir encouragé des centaines de personnes le 20 septembre à Barcelone à bloquer la sortie d'un bâtiment où des gardes civils menaient des perquisitions, en lien, justement, avec l'organisation du référendum.

Ils ont été vus encourageant la foule, hissés sur un 4x4 de la garde civile, et appelant à la "mobilisation permanente".

Les enquêteurs sont restés bloqués jusqu'au milieu de la nuit.

- 'Prisonniers politiques' -

"Nous avons à nouveau, tristement, des prisonniers politiques" en Espagne, a estimé Carles Puigdemont sur son compte Twitter.

"Il n'y a pas de prisonniers politiques, mais des politiques en prison", a rétorqué le ministre de la Justice Rafael Catala mardi matin. Ce qui s'est produit le 20 septembre n'était "ni pacifique ni civique", a de son côté estimé le préfet de Catalogne Enric Millo.

Carles Puigdemont laisse planer depuis une semaine la menace d'une déclaration unilatérale d'indépendance qu'il a "suspendue" en vue d'un dialogue avec Madrid.

Mais Mariano Rajoy continue à refuser tout dialogue tant que les séparatistes ne lèveront pas leur menace de proclamer l'indépendance.

Si le dirigeant séparatiste ne recule pas, le gouvernement central pourrait suspendre totalement ou partiellement l'autonomie de la Catalogne au risque d'agiter encore la rue.

L'incarcération des deux dirigeants séparatistes est une "mauvaise nouvelle", jugeait mardi le grand quotidien catalan La Vanguardia, en estimant qu'elle ajouterait un "élément de tension" au conflit entre Madrid et les séparatistes.

Carles Puigdemont est lui tiraillé: il est pressé par ses alliés les plus radicaux à aller de l'avant, tandis que les milieux d'affaires dont est proche son parti, à la fois nationaliste et conservateur, s'inquiètent des conséquences économiques de la crise. Près de 700 entreprises basées en Catalogne ont transféré leur siège social hors de la région depuis début octobre, selon le registre officiel.

Lundi soir, le gouvernement espagnol a revu à la baisse ses prévisions de croissance pour 2018, à 2,3% au lieu de 2,6%, prévoyant une baisse de la demande entraînée par l'incertitude générée par la crise.

bur-mck/jk/lb

TWITTER