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17/10/2017 06:43 EDT | Actualisé 17/10/2017 07:00 EDT

Bagdad reprend la quasi-totalité des champs pétroliers aux Kurdes à Kirkouk

Les troupes gouvernementales irakiennes ont repris mardi la quasi-totalité des champs pétroliers de la province de Kirkouk après le retrait des forces kurdes, ruinant les espoirs d'indépendance de la région autonome du Kurdistan en plein marasme économique.

Depuis le début de l'opération il y a deux jours, les convois de blindés avancent pour réimposer l'autorité du pouvoir central dans cette province du nord-est de l'Irak, où les combattants kurdes s'étaient installés en 2014 dans la foulée de la percée fulgurante des jihadistes face à des forces gouvernementales en pleine débandade.

Dans la matinée, les forces gouvernementales descendaient les drapeaux kurdes hissés sur les bâtiments et postes de contrôle des deux principaux champs pétroliers, Bay Hassan et Havana, pour les remplacer par des drapeaux irakiens, a constaté un photographe de l'AFP.

Pour le colonel Ahmed Modhi, de la police nationale, la prise par les forces irakiennes de ces champs est un juste retour des choses. "C'est une richesse nationale, elle appartient à l'Irak, au même titre que les richesses naturelles de l'ensemble des régions du pays", a-t-il dit à l'AFP.

"La reprise par le gouvernement et le ministère du Pétrole de l'ensemble des installations et des champs pétroliers, ainsi que des stations de pompage et des oléoducs de la province de Kirkouk et dans des zones dites disputées va permettre un retour à l'ordre", a indiqué dans un communiqué le ministre du pétrole Jabbar al-Louaïbi.

En fait, cinq des six champs de la province de Kirkouk sont désormais sous le contrôle des autorités de Bagdad, qui récupèrent une production, quand elle sera reprise, de plus de 400.000 barils par jour.

Un seul champ mineur, celui de Khourmala, aux mains des Kurdes depuis 2008, et qui produit environ 10.000 b/j de pétrole lourd donc de moindre qualité, n'a pas été repris par les forces irakiennes.

Jusqu'ici, près des trois-quarts étaient exportés par la région autonome du Kurdistan, contre l'avis du pouvoir central.

Bagdad entend d'ailleurs reprendre un précieux revenu à la région autonome, en pleine crise financière.

-'Fin du rêve d'indépendance' -

"Avec la perte de ces champs, le portefeuille kurde est divisé par deux", affirme le géographe français Cyril Roussel. Mais au-delà de la question économique, "c'est la fin de l'autonomie économique du Kurdistan et du rêve d'indépendance".

"Ce n'est qu'après avoir annexé en juillet 2014 les gisements de Kirkouk que le président kurde Massoud Barzani a commencé à parler d'indépendance, avant il ne parlait que d'autonomie", rappelle ce spécialiste du Kurdistan irakien.

Les troupes irakiennes tiennent également le siège de la compagnie nationale (North Oil Company) ainsi que de nombreuses infrastructures pétrolières et gazières.

Mardi, les marchés surveillaient avec inquiétude une possible réduction de l'offre mondiale de pétrole qui pourrait faire grimper les prix.

Cette avancée marque un tournant dans l'opération lancée par Bagdad, qui avait enregistré lundi plusieurs victoires à forte portée symbolique, trois semaines exactement après le référendum d'indépendance, dont le grand architecte, Massoud Barzani, est désormais sous le feu des critiques jusque dans son camp.

Bagdad a marqué son retour aux commandes face aux Kurdes.

Le retour de centaines de familles kurdes, selon des responsables locaux, dans la ville de Kirkouk, permet notamment aux forces irakiennes de faire valoir qu'elles tiennent à la "coexistence" entre communautés qu'elles ont appelé à préserver depuis le début des mouvements militaires.

En juin 2014, les combattants kurdes (peshmergas) avaient pris, sous les quolibets, uniformes et armes des soldats irakiens de la 12e division sur la base "K1" au nord-ouest de la ville de Kirkouk. Lundi, leurs blindés sont revenus pour effacer l'humiliation.

Fortes de ces succès, extrêmement rapides et quasiment sans aucune violence, les forces gouvernementales avancent désormais pour réimposer leur autorité dans d'autres zones disputées.

- Après Kirkouk, Sinjar et Diyala -

A plusieurs centaines de km de Kirkouk, près de la frontière syrienne, les forces irakiennes ont repris la ville de Sinjar (nord-ouest), fief de la minorité yazidie persécutée par les jihadistes du groupe Etat islamique (EI).

Là aussi, les peshmergas se sont retirés "sans violence".

Dans la province de Diyala, à l'est de Bagdad, les troupes gouvernementales "sont entrées dans Jalaoula et ont hissé le drapeau irakien sur la municipalité", a indiqué à l'AFP le responsable de la sécurité locale, Sadeq al-Husseini.

"Les peshmergas se sont retirés de toutes leurs positions dans quatre secteurs, dont Jalaoula et Khanaqine, et sont retournés aux positions qu'ils tenaient avant 2014", a-t-il ajouté.

Le retour des peshmergas à leur position d'avant le 9 juin 2014, c'est-à-dire la veille de la chute de la grande ville de Mossoul aux mains de l'EI, est l'objectif martelé par Bagdad.

L'avancée de ses forces sans violence a été facilitée par le fait qu'une grande partie des peshmergas de l'Union patriotique du Kurdistan (UPK), se sont retirés de leur plein gré, aux termes d'un accord avec Bagdad, selon des responsables.

Leurs rivaux, les partisans de M. Barzani et de son mouvement, le Parti démocratique du Kurdistan (PDK), ont aussitôt dénoncé une trahison. Mais le choc les frappe aussi et les combattants du PDK désemparés ont déserté les champs de Bay Hassan et de Havana, de même que Sinjar.

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