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17/10/2017 08:47 EDT | Actualisé 17/10/2017 09:42 EDT

Avec Airbus, Bombardier croit pouvoir éviter les tarifs aux États-Unis

MONTRÉAL — Grâce à une nouvelle ligne d'assemblage de la CSeries aux installations d'Airbus en Alabama, Bombardier croit que les lois en vigueur lui permettront d'éviter d'éventuelles mesures punitives pour son avion commercial au sud de la frontière.

L'avionneur québécois dispose d'un avis juridique indiquant qu'on ne peut appliquer de mesures punitives étant donné que la moitié des composantes de l'appareil proviennent des États-Unis et parce que sa ligne d'assemblage pour ses clients américains se trouve dans ce pays, selon une source.

«Cette ligne aux États-Unis peut régler cette dispute commerciale parce que (l'avion) est considéré comme un produit national (ce qui fait en sorte) que les tarifs ne s'appliquent pas», a expliqué mardi le président et chef de la direction de Bombardier, Alain Bellemare.

Celui-ci se trouvait en Europe mardi avec le chef de la direction d'Airbus, Tom Enders, afin de discuter du partenariat entre les deux entreprises annoncé la veille.

À la Bourse de Toronto, l'action de Bombardier (TSX:BBD.B) s'est envolée pour toucher un sommet annuel de 2,79 $. En milieu de séance, le titre se négociait à 2,76 $, en hausse de 40 cents, ou 16,95 pour cent.

Sans dépenser un seul sous, le géant européen devient l'actionnaire majoritaire du programme de la CSeries. La part de Bombardier sera de 31 pour cent, alors que celle du l'État québécois — qui a injecté 1 milliard $ US en 2015 — recule à 19 pour cent.

Ce partenariat constitue en quelque sorte une riposte à la plainte déposée par Boeing au printemps et ayant permis à Washington d'imposer des tarifs préliminaires d'environ 300 pour cent.

«Nous allons continuer à nous opposer à cette plainte de Boeing et nous estimons que la démarche est injustifiée», a affirmé M. Bellemare au cours d'une mêlée de presse, à Toulouse en France.

Si plusieurs ont déploré une perte de contrôle québécois de la CSeries, la majorité des analystes financiers ont estimé que d'un point de vue politique, Bombardier avait marqué des points.

«Puisqu'il y aura une ligne de production aux États-Unis, tout ce qui entoure la plainte de Boeing devrait se dissiper puisque la CSeries ne sera plus exportée au sud de la frontière pour les clients américains», a écrit Cameron Doerksen, de la Financière Banque Nationale, dans une note.

Pour David Pavot et Geneviève Dufour, du département du droit international à l'Université de Sherbrooke, Bombardier a peut-être joué le jeu des Américains en se tournant vers Airbus.

«C'est peut-être une stratégie de négociation où on dit: nous allons construire une ligne de production en Alabama (...) mais si vous la voulez, n'imposez pas de droits», a expliqué M. Pavot.

De son côté, Richard Aboulafia, de la firme américaine Teal Group, a identifié Boeing (NYSE:BA) comme le perdant, puisque démarche a incité Bombardier à se tourner vers le plus important concurrent du géant américain.

«Cette transaction vient détruire la cause de Boeing, a-t-il indiqué dans un rapport. Ils (Boeing) et le département du Commerce peuvent poursuivre leurs démarches, mais la ligne de production en Alabama change la donne.»

Selon M. Aboulafia, le département du Commerce devait conclure qu'il n'a pas l'autorité d'imposer des tarifs sur des avions envoyés de l'Alabama vers la Georgie — où se trouve le siège social de Delta Air Lines.

Le transporteur américain, qui a passé une commande pouvant atteindre jusqu'à 125 CSeries, n'a pas voulu commenter la prise de contrôle de la CSeries par Airbus.

La semaine dernière, le grand patron de Delta, Ed Bastian, avait laissé entendre que les premières livraisons de CSeries prévues au printemps pourraient être retardées et que l'entreprise n'aurait pas à payer d'éventuels tarifs punitifs.

M. Aboulafia croit également que la transaction entre Bombardier et Airbus pourrait favoriser une alliance entre Boeing et la société brésilienne Embraer.

Les deux experts de l'Université de Sherbrooke se demandent maintenant si l'avionneur de Chicago pourrait tenter de prendre d'autres mesures afin de riposter contre Bombardier.

«On envoie des avions se faire assembler en Alabama, mais il n'en demeure pas moins que l'on implante une chaîne d'assemblage avec des produits extrêmement subventionnés», a expliqué Mme Dufour.