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10/10/2017 05:35 EDT | Actualisé 10/10/2017 05:40 EDT

Le vertige de deux vendeuses des Ramblas à Barcelone

Sur l'emblématique avenue des Ramblas de Barcelone, deux vendeuses attendent de savoir si leur dirigeant Carles Puigdemont va rompre avec l'Espagne. "On n'aurait jamais imaginé en arriver là", confesse Carolina, non indépendantiste, tout comme Neus, pro-sécession.

Sous le soleil d'automne, les Ramblas résonnent de nouveau du bruit des valises à roulettes des touristes, près de deux mois après l'attentat jihadiste à la voiture bélier qui a fait 14 morts le 17 août.

Cette fois, c'est "à cause des politiques" que Carolina Palles, 53 ans, vit "un jour triste" dans son kiosque de fleurs.

"Je n'aurais jamais pensé que près deux mois après les attentats en Catalogne, on serait allé si vite vers l'indépendance", dit-elle, en référence à une éventuelle "DUI" - comme disent les journaux: la "déclaration unilatérale d'indépendance" qui pourrait être faite au parlement catalan, dominé par les séparatistes.

Carolina, qui n'est "pas indépendantiste", en veut énormément aux responsables politiques des deux camps: "le gouvernement Rajoy qui a tout fait très mal et les séparatistes catalans qui voudraient aller jusqu'au bout en martyrs".

Alors que de grandes entreprises ont déjà transféré leur siège social hors de la région, la fleuriste lance elle cette métaphore à l'attention des séparatistes: "On ne peut pas quitter la maison de ses parents si on n'a pas déjà un logement et un travail sinon on finit par dormir sous les ponts..."

Dans le marché voisin de la Boqueria, Neus Aviles, vendeuse de 61 ans, vend des bouteilles de sangria décorées de toreros aux étrangers.

- 'Pour être libres' -

Elle a voté "oui" à la création d'une République catalane, au référendum interdit du 1er octobre et reste sous le choc de la répression: "La seule idée qui leur est venue, à Madrid, ça a été de sortir les matraques et les balles en caoutchouc".

A une centaine de mètres l'une de l'autre, sans le savoir, les deux vendeuses coïncident sur d'autres points: il aurait fallu "dialoguer et encore dialoguer" et mieux vaudrait maintenant "de nouvelles élections régionales".

Derrière le marché, où s'affiche toujours le slogan "votons pour être libres", sept adolescents pique-niquent à même le sol et s'inquiètent.

"Si vraiment ils déclarent l'indépendance, ça fait un peu peur parce que nous ne savons pas s'ils vont emprisonner notre président (Carles Puigdemont), suspendre l'autonomie de la région, comme c'était déjà arrivé à l'époque franquiste", dit doctement Helena qui, à 16 ans, se définit déjà comme indépendantiste de gauche.

A l'aéroport, une source sécuritaire privée assure à l'AFP que "150 gardes civils de plus sont arrivés en renforts cette semaine". La police a fait fermer l'accès au célèbre parc de la Ciutadella entourant le Parlement catalan, où doit s'exprimer à 18H00 (locales, 16H00 GMT) le président catalan.

Traversant un passage pour piétons à l'entrée des Ramblas, deux fonctionnaires régionales conversent entre elles, choquées par les propos d'un porte-parole du parti de Rajoy, qui a averti lundi que le président catalan pourrait "finir" comme un de ses prédécesseur, Lluis Companys qui, après avoir proclamé un Etat catalan, avait été arrêté en 1934 puis fusillé en 1940 sous Franco...

"Dire ça au 21e siècle, c'est fort", proteste Guiomar Garcia, fonctionnaire de 39 ans. Au référendum interdit, "j'ai voté oui, dit-elle, ce n'est pas que je veuille l'indépendance mais qu'il n'y ait plus Rajoy au pouvoir, à cause de la répression et du manque de respect".

Sa collègue Yolanda Bernardo, psychologue de 42 ans, est plus résolue: "Moi je suis une indépendantiste de toute la vie et je dis +oui+ à la DUI tout de suite. Ils n'ont pas laissé d'autre choix à Puigdemont et s'il ne le fait pas, c'est le peuple qui va se rebeller".

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