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10/10/2017 08:56 EDT | Actualisé 10/10/2017 09:00 EDT

Catalogne: le leader séparatiste retarde son discours dans la confusion

Le président séparatiste catalan a retardé mardi son allocution devant le parlement régional, alimentant la confusion autour d'une possible médiation internationale, aussitôt démentie par Madrid, alors qu'il pourrait déclarer unilatéralement l'indépendance de la Catalogne.

"La séance est retardée d'une heure en raison de contacts pour une médiation internationale", a déclaré un porte-parole du gouvernement catalan.

Le gouvernement espagnol a aussitôt insisté auprès de l'AFP qu'une médiation avec Carles Puigdemont, le leader séparatise, n'était "pas envisageable". Et la rumeur d'une vidéo-conférence avec le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker a été immédiatement démentie par Bruxelles.

Pressé de toutes parts, Carles Puigdemont doit en principe définir mardi soir quelle sera sa ligne après le référendum d'autodétermination interdit du 1er octobre qu'il estime avoir remporté: dialogue ou déclaration unilatérale d'indépendance.

Le défi lancé à l'Etat par le dirigeant de cette région au coeur de l'Europe méditerranéenne, où vivent 16% des Espagnols, reste sans précédent depuis que le pays a retrouvé la démocratie en 1977.

Les catalans sont divisés presque à parts égales sur le sujet, mais souhaitent en majorité un référendum en bonne et due forme.

Ce coup de théâtre intervient alors que Madrid et l'Union européenne ont multiplié ces dernières heures les mises en garde contre une possible déclaration unilatérale d'indépendance.

Les quelques élus déjà installés dans l'hémicycle pour le discours de M. Puigdemont, attendu par l'Espagne et l'Europe entière, ont quitté l'endroit après quelques minutes de flou.

Moins d'une heure plus tôt, Carles Puigdemont, 54 ans, avait monté les marches tapissées de velours rouge, sous les crépitements des flashes de photographes du monde entier.

- Inquiétude -

Il devait initialement prononcer à partir de 18H00 (16H00 GMT) un discours historique dans l'enceinte du bâtiment, placé sous sécurité maximale et protégé par des dizaines de fourgons de police, alors qu'un hélicoptère des Mossos d'Esquadra, la police catalane, tournait dans le ciel.

La présence policière était également renforcée dans les points stratégiques de la ville, notamment les gares et l'aéroport.

L'Union européenne, déjà secouée par le Brexit, suit la crise avec inquiétude, ses dirigeants prévenant que l'Union européenne ne reconnaîtrait pas une Catalogne indépendante.

Le président du Conseil européen Donald Tusk a encouragé Carles Puigdemont à éviter "une décision qui rendrait le dialogue impossible", redoutant "un conflit dont les conséquences seraient à l'évidence négatives pour les Catalans, pour l'Espagne et pour toute l'Europe".

Le président français Emmanuel Macron a souhaité une solution pacifique face à ce qu'il a qualifié de "coup de force des Catalans".

A Madrid, le chef du gouvernement conservateur Mariano Rajoy a laissé entendre ces derniers jours qu'en cas de déclaration unilatérale d'indépendance, il pourrait suspendre l'autonomie de la région, une mesure jamais appliquée dans cette monarchie parlementaire extrêmement décentralisée.

Mais il a d'autres instruments à sa disposition. Il a déjà pris le contrôle des finances de cette région en septembre. Il peut aussi instaurer un état d'urgence allégé lui permettant d'agir par décrets.

- 'Il ne cèdera pas' -

"Je veux demander à M. Puigdemont qu'il n'entreprenne rien d'irréversible, qu'il n'emprunte aucun chemin sans retour", a déclaré mardi le porte-parole du gouvernement Inigo Mendez de Vigo.

Carles Puigdemont, indépendantiste depuis son plus jeune âge, pourrait choisir une voie médiane, une "déclaration d'indépendance en différé", ou se contenter d'une proclamation symbolique, évoquant l'urgence d'un dialogue, et enclenchant un processus par étapes, pour ne pas perdre la face.

Selon plusieurs médias espagnols, il a écrit et réécrit son texte, tiraillé sans doute entre les partisans d'un départ sans ménagements et ceux qui craignent que le remède, l'indépendance, ne soit finalement pire que le mal, la tutelle de Madrid.

"Il n'a jamais subi autant de pressions", a déclaré une source indépendantiste à l'AFP, "mais il ne cédera ni à la CUP (Candidature d'unité populaire, parti d'extrême gauche qui fait partie de la majorité indépendantiste au Parlement catalan) ni à la Caixa", du nom de la banque espagnole qui a transféré son siège social hors de Catalogne.

Six des sept grandes entreprises catalanes cotées à l'indice des valeurs vedettes de la Bourse de Madrid ont pris cette mesure mais des dizaines de sociétés plus petites ont fait de même. La compagnie d'assurances Catalana Occidente et l'agence de voyages en ligne e-dreams leur ont emboîté le pas mardi.

Toute mesure draconienne risque cependant de provoquer des troubles en Catalogne, où huit électeurs sur dix auraient souhaité un référendum en bonne et due forme, en lieu et place de celui du 1er octobre.

La tension y est déjà extrême, ainsi que dans toute l'Espagne où les vieux fantômes du passé ressurgissent quand parmi les "patriotes" défendant l'unité du royaume se glissent des nostalgiques de la dictature de Francisco Franco (1939-1975).

De nombreuses questions demeurent aussi sur la mise en oeuvre d'une telle indépendance dans une région qui a d'ores et déjà la main sur l'éducation, la santé et la police mais où les finances et le contrôle de l'espace aérien, des infrastructures (ports, aéroports, réseau ferroviaire, télécommunications, etc.) et de l'armée restent entre les mains de l'Etat central.

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