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06/10/2017 12:27 EDT | Actualisé 06/10/2017 12:40 EDT

Nouveau meurtre d'un journaliste au Mexique, le 11e en 2017

Un reporter photographe mexicain de 23 ans a été tué dans l'Etat de San Luis Potosi (nord), ce qui porte à 11 le nombre de journalistes victimes de meurtre au Mexique en 2017, a annoncé vendredi le gouvernement.

Le gouvernement "regrette profondément le meurtre du journaliste de San Luis Potosi, Edgar Daniel Esqueda", et exige "une enquête rapide et efficace pour trouver les responsables de ce crime", selon le communiqué.

Selon un rapport de Reporters sans frontières (RSF), le journaliste "a été enlevé par des hommes armés" et son corps sans vie a été retrouvé vendredi à proximité de l'aéroport de San Luis Potosi, la capitale de l'Etat éponyme.

RSF a contacté l'épouse de M. Esqueda, qui a raconté que le couple dormait quand des inconnus sont entrés dans leur maison. "Ils ont dit qu'ils étaient des agents du ministère, ils ont pris Edgar par le cou et l'ont tiré au sol, tout en me visant avec une arme", a-t-elle témoigné auprès de l'ONG.

"RSF demande à la justice d'identifier au plus vite les responsables de ce crime odieux et de garantir la sécurité de sa famille", a déclaré Emmanuel Colombié, directeur de RSF pour l'Amérique latine.

Le photojournaliste travaillait pour le journal Metropoli San Luis et le site internet Vox Populi. Il couvrait les affaires policières.

Un mécanisme de protection des journalistes - qui inclut diverses formules, du simple "bouton de panique" à des véhicules blindés et gardes du corps - a été mis en place par le gouvernement mexicain, dans ce pays considéré comme l'un des plus dangereux au monde pour la presse.

L'organisme gérant ce dispositif a indiqué avoir reçu en juillet, de la Commission pour les droits de l'homme de San Luis Potosi, une plainte pour "violations présumées" des droits de M. Esqueda, par des agents de la police ministérielle.

Le photographe avait pris des images, le 4 juillet, d'une fusillade, avant d'être "abordé par cinq policiers du ministère, qui l'ont menacé de confisquer son appareil et de le frapper s'il continuait de prendre des photos, l'obligeant à effacer les images et l'expulsant des lieux", selon l'organisme de protection des journalistes.

Ce dernier avait proposé à M. Esqueda de bénéficier du mécanisme de protection mais celui-ci, qui avait dénoncé d'autres actes d'intimation par des policiers le 13 juillet, a assuré n'avoir depuis rencontré "aucun autre incident", disant toutefois avoir déposé plainte devant la justice.

Lors d'une conférence de presse, le gouverneur de l'Etat de San Luis Potosi, Juan Manuel Carreras, a indiqué que "plusieurs pistes d'enquête" sont étudiées après ce meurtre, y compris la possible implication de "fonctionnaires", c'est-à-dire des policiers.

Neuf autres journalistes mexicains - dont un collaborateur de l'AFP - et un cameraman hondurien qui s'était réfugié au Mexique ont déjà été tués depuis le début de l'année.

Depuis 2000, plus de 100 reporters ont été tués, selon les associations de défense de la liberté d'expression, qui dénoncent le fait que 90% de ces crimes restent impunis.

Les attaques se sont multipliées depuis 2006 et l'offensive lancée par le gouvernement contre le narcotrafic. Un pic a été atteint en 2016 avec 11 homicides et risque désormais d'être dépassé en 2017.

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