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06/10/2017 13:38 EDT | Actualisé 06/10/2017 13:40 EDT

Mondial-2018/Catalogne: l'Espagne du foot agacée et fataliste à Alicante

La fête du football "gâchée" par la politique: les supporters étaient venus pour célébrer l'équipe d'Espagne vendredi mais la victoire 3-0 contre l'Albanie, synonyme de qualification pour le Mondial-2018, n'a pas empêché la crise catalane de s'inviter à Alicante, entre agacement et fatalisme.

"Vous voulez la réponse diplomatique ou pas ?", grince Nacho Ortiz. Venu pour "prendre du plaisir" grâce à la "Roja", le jeune homme de 23 ans juge malvenu de mêler sport et politique. "C'est un sujet pénible", renchérit son ami Adrian Peña.

Ces deux étudiants sont arrivés d'Elche, ville voisine dont le club est le grand rival de l'Hercules Alicante. Et ils ont décidé de siffler Gerard Piqué à l'annonce des équipes, reprochant au défenseur catalan son mélange des genres cette semaine: après avoir voté dimanche dernier lors du référendum interdit par Madrid, le joueur du FC Barcelone et de l'équipe d'Espagne a critiqué sur Twitter les violences attribuées à la police espagnole lors de ce scrutin.

Résultat, une atmosphère partagée au stade José Rico Pérez d'Alicante: une grosse moitié de détracteurs de Piqué, faisant tomber des tribunes sifflets et huées à chaque prise de balle du défenseur, et presque autant de soutiens.

"Piqué s'est chargé de mélanger sport et politique", tranche Nacho, lunettes fumées et drapeau espagnol noué autour de la taille. "Mais à Las Rozas (centre d'entraînement de la sélection), il ne porte plus le maillot du Barça, il porte le polo de la sélection, de l'Etat auquel il appartient, et il n'a pas à retweeter des choses contre cet Etat."

Le jeune homme, supporter du Real Madrid, reconnaît le riche apport de la Catalogne au football espagnol: "Un Catalan, Xavi, a été le phare qui nous a guidés jusqu'à la victoire au Mondial-2010", rappelle-t-il.

- 'Qu'ils aillent tous sur une plage' -

Mais "l'Espagne est une nation, le territoire est ce qu'il est, et s'ils veulent être indépendants, qu'ils aillent tous sur une plage et deviennent indépendants là-bas. S'ils veulent voter, alors nous devons tous voter", assène-t-il.

Cette ambiance polémique et bouillonnante, la sélection espagnole l'a subie toute la semaine. Et les alentours du stade en témoignent: une vendeuse brandit une écharpe "Ici c'est l'Espagne, et celui à qui cela déplaît, qu'il parte". Ailleurs, un groupe d'amis sautille en entonnant le célèbre air "Je suis Espagnol, Espagnol, Espagnol", hymne du sacre au Mondial-2010.

Dans cette petite enceinte défraîchie (28.000 places), les drapeaux espagnols sont de sortie, comme un peu partout aux balcons de cette cité balnéaire de la côte valencienne. Et certains chants d'avant-match prennent une résonance toute particulière, comme le célèbre "Viva España", diffusé à chaque rencontre de la "Roja".

"Bien sûr que la fête est gâchée, s'indigne Sofia Duperiel, une Franco-Espagnole qui vit à Alicante. C'est vraiment dommage de mêler sport et politique."

Cheveux péroxydés et drapeau espagnol noué autour du cou, cette mère de famille prend la défense de Piqué et n'imagine pas une sélection espagnole privée de ses éléments catalans: "Ce serait incroyable, je ne peux pas l'imaginer. Mais si nous votons tous et qu'il apparaît que la majorité dit qu'ils peuvent partir..."

- Tanks -

Dans le tintamarre des cornes de brume, l'ambiance du stade semble familiale et bon enfant, comme pour oublier l'espace d'un soir la pire crise politique de ces 40 dernières années en Espagne.

Mais très peu de célébrations dans la rue après le match, malgré la qualification. Et une atmosphère moins joyeuse qu'en 2011 lors d'un précédent match de la "Roja" à Alicante, se souvient Fran Diaz, un Majorquin de 22 ans. "J'ai vu une grande différence. Ce soir, c'était la fête, certes, mais les tribunes étaient très calmes. On entendait davantage les Albanais que nous."

Angel, un fonctionnaire de 51 ans venu au match avec son fils Victor, 9 ans, appelle à serrer les rangs derrière la "Roja". "Après tout ce qui s'est passé, nous voulons soutenir l'équipe d'Espagne avec plus de force que jamais", fait-il valoir.

Et si tous les supporters semblent souhaiter une issue rapide à la situation politique actuelle, Angel se fait plus sombre sur la suite des événements: lui voit la crise catalane se finir "avec des tanks" dans les rues de Barcelone.

jed/fbr/sk/ama

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