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06/10/2017 10:59 EDT | Actualisé 06/10/2017 11:20 EDT

Le Brésil étudie une possible extradition de Battisti

Le Brésil est en train d'évaluer la possibilité d'extrader l'ex-militant d'extrême gauche italien Cesare Battisti, réclamé par son pays, a indiqué une source gouvernementale, deux jours après son interpellation à la frontière bolivienne.

Condamné en 1993 par contumace par la justice italienne à la réclusion à perpétuité pour quatre meurtres et complicité de meurtres à la fin des années 1970, Battisti est soupçonné par un juge brésilien d'avoir tenté de fuir le pays pour éviter son extradition.

"Le président (Michel Temer) attend la position du ministère de la Justice et du ministère des Affaires étrangères pour prendre un décision", a déclaré vendredi à l'AFP une source du palais présidentiel de Planalto.

"Le fait que le gouvernement italien ait insisté à demander son extradition nous mène à la conclusion que Cesare Battisti a tenté de fuir du Brésil par peur d'être effectivement extradé", a affirmé le juge Odilon de Oliveira jeudi, lors d'une audience au cours de laquelle il a décidé de placer l'Italien en détention provisoire.

Dans la vidéo de l'audience, à laquelle l'AFP a eu accès, l'Italien de 62 ans, vêtu d'un polo vert, donne des signes de fatigue et écoute impassible la décision du magistrat, qui évoque des "antécédents gravissimes" pour justifier sa décision.

Il a été interrogé par téléconférence depuis Corumba, ville située à la frontière bolivienne, où il avait été interpellé mercredi après un contrôle de routine de la police routière alors qu'il s'apprêtait à quitter le Brésil à bord d'un taxi bolivien. Le juge qui l'interrogeait se trouvait dans la capitale de l'Etat de Mato Grosso Do Sul, Campo Grande, à 400 km de là.

- 'Matériel de pêche' -

Le motif de cette interpellation: Battisti transportait 6.000 dollars et 1.300 euros, somme supérieure au montant autorisé sans déclaration préalable (2.700 euros).

"Les dépositions recueillies lors de l'enquête renforcent les indices d'une évasion de devises (...) et de blanchiment d'argent", a justifié le juge.

Une version niée en bloc par l'accusé lors de l'audience.

"Sincèrement Excellence, je ne savais pas qu'avec cette quantité modeste d'argent je commettais un délit. Je n'ai jamais eu l'intention de sortir du pays", a-t-il argumenté en portugais.

"Je me rendais dans un centre commercial pour acheter entre autres du matériel de pêche, des vestes en cuir, et du vin. Je pensais que ce centre commercial se trouvait en zone franche et qu'il n'était pas en Bolivie. Si je l'avais su, je ne l'aurais pas fait", a insisté M. Battisti.

L'Italien, qui reçoit des droits d'auteur de ses romans policiers, a également fourni des détails sur sa vie au Brésil. Estimant ses revenus à 8.000 à 10.000 réais par mois (de 3.000 à 3.700 euros), il a affirmé vivre au domicile d'un ami dans l'État de Sao Paulo (sud-est).

Battisti a ajouté avoir divorcé de la femme brésilienne qu'il a épousée en 2015 et avec qui il a eu un enfant de quatre ans.

- Transfert imminent -

La dernière demande d'extradition remonte au 25 septembre, et, selon les médias italiens, le président brésilien s'y est montré favorable.

La presse brésilienne abonde dans ce sens: selon le journal O Globo, cette extradition pourrait même intervenir "dans les prochains jours".

Une décision qui irait à l'encontre de celle du président de gauche Luiz Inacio Lula da Silva, qui, au dernier jour de son mandat, fin 2010, avait refusé d'extrader Battisti vers l'Italie, déclenchant la colère de Rome.

Mais le vent semble avoir tourné depuis l'arrivée au pouvoir l'an dernier de Michel Temer, un conservateur impopulaire qui a remplacé Dilma Rousseff, dauphine de Lula.

L'opportunité d'un coup d'éclat diplomatique est considérée par de nombreux observateurs comme une aubaine pour un gouvernement en quête de crédibilité.

Jeudi, une source présidentielle avait déjà affirmé que "la situation de Battisti a changé par rapport à l'époque de Lula", tout en indiquant qu'une éventuelle extradition prendrait du temps.

L'extradition pourrait toutefois être bloquée par la Cour Suprême, qui a rejeté récemment plusieurs demandes de l'Italie, notamment en 2011, estimant que Rome ne pouvait contester la décision "souveraine" de Lula.

En attendant, l'Italien, en détention provisoire dans un commissariat de Corumba, pourrait être transféré vers une prison locale.

"Nous attendons qu'il soit transféré bientôt. Nous ne disposons pas des infrastructures nécessaires pour qu'il reste ici", a expliqué à l'AFP un porte-parole de la police locale.

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