NOUVELLES
06/10/2017 07:43 EDT | Actualisé 06/10/2017 08:00 EDT

Italie: un pionnier de l'accueil des migrants soupçonné d'escroquerie

Domenico Lucano, maire de Riace, un village pionnier dans l'accueil des réfugiés dans le sud de l'Italie, fait l'objet d'une enquête pour escroquerie dans l'utilisation de fonds publics, annonce vendredi la presse italienne.

Dans les années 2000, ce maire de gauche a été l'un des premiers à parier sur l'accueil des réfugiés pour redonner vie à son village de 1.800 habitants.

Depuis, des dizaines d'Afghans, Erythréens ou Irakiens se sont installés, repeuplant le village et son école, attirant même le tourisme en rouvrant des ateliers d'artisanat local main dans la main avec des anciens du village.

Distingué en 2010 comme troisième "meilleur maire du monde", cité parmi les 100 personnalités les plus influentes selon le magazine Fortune en 2016, M. Lucano a inspiré un docu-fiction de Wim Wenders et un téléfilm qui doit être diffusé en février en Italie.

Mais le parquet de Locri (sud) a ordonné une perquisition jeudi à la mairie et signifié au maire qu'il faisait l'objet d'une enquête pour escroquerie aggravée, concussion et abus de fonction dans la gestion des fonds italiens et européens dont la commune a bénéficié, selon la presse italienne.

Les médias évoquent essentiellement des factures non justifiées depuis 2014. Le président d'une association engagée dans l'accueil est lui aussi sur la liste des suspects.

Il n'a pas été possible de joindre le parquet ou M. Lucano vendredi pour confirmation.

Dans un entretien à l'agence Ansa cité par plusieurs médias, le maire s'est dit "stupéfait" des soupçons: "Je ne possède rien et je n'ai pas de compte secret. Alors les contrôles sont les bienvenus, et qu'ils soient le plus approfondis possible".

"Mais cela casse l'enthousiasme. Depuis 20 ans, je suis en première ligne pour chercher à développer des activités pour favoriser l'intégration des migrants et leur installation ici à la fin des parcours financés par les fonds publics", a-t-il ajouté.

En Italie, les organismes gérant l'accueil des migrants et réfugiés pendant l'examen de leur demande d'asile puis en général pendant six mois après l'obtention d'un titre de séjour, perçoivent 35 euros par jour et par personne (45 euros pour les mineurs) pour l'hébergement, les repas, les cours d'italien, la formation, le soutien légal et psychologique...

Le vaste réseau d'accueil italien comptant actuellement près de 200.000 hôtes répartis dans tout le pays, les contrôles sont difficiles: si nombre d'organismes s'acquittent consciencieusement de leur mission, certains rognent plus ou moins sur les services pour empocher la différence.

fcc/ljm/mr