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05/10/2017 04:33 EDT | Actualisé 05/10/2017 04:40 EDT

"Bordel": une nouvelle saillie de Macron fait polémique

"Au lieu de foutre le bordel...": une nouvelle saillie du président français Emmanuel Macron, coutumier des propos polémiques, suscitait jeudi des réactions politiques outrées, soulignant notamment "le mépris" de l'ancien banquier envers les moins nantis.

Lors d'un déplacement mercredi en Corrèze (centre), M. Macron s'entretenait en aparté avec un responsable local qui évoquait les difficultés à recruter d'une entreprise.

"Certains, au lieu de foutre le bordel, feraient mieux d'aller regarder s'ils ne peuvent pas avoir des postes là-bas", a répondu M. Macron, sans préciser à qui s'adressaient ses propos.

Mais peu auparavant, la visite présidentielle avait été perturbée par un rassemblement de quelque 150 salariés et ex-employés licenciés d'un équipementier automobile, qui se sont heurtés aux forces de l'ordre en tentant de rencontrer M. Macron.

La sortie du président a immédiatement suscité une volée de bois vert de l'ensemble du spectre politique, critiquant un "président des riches" coupé des classes les plus populaires, alors même que M. Macron tente de se montrer proche des préoccupations sociales, comme l'a montré sa visite d'une usine Whirlpool mardi à Amiens (Nord).

Ce n'est pas la première fois que le président provoque ce genre de remous avec des phrases peu consensuelles et directes, plutôt inattendues dans la bouche d'un président de la République.

"Une gare, c'est un lieu où on croise des gens qui réussissent et des gens qui ne sont rien", avait-il dit en juillet. Ou encore à Athènes en septembre: "je ne céderai rien, ni aux fainéants, ni aux cyniques, ni aux extrêmes".

Avant d'être président, en septembre 2014, tout juste arrivé au gouvernement avec une image de technocrate brillant et d'ex-financier aisé, il avait parlait des salariées "illettrées" d'un abattoir breton fermé après le licenciement de près de 800 personnes.

A chaque fois, ses propos ont déclenché des vagues de protestations dans la classe politique ou la société civile.

- 'Discours manageurial' -

"C'est de l'arrogance", a cinglé jeudi Christian Jacob, le patron des députés Les Républicains (LR, opposition de droite). "Il y a un mépris de caste", a renchéri Florence Portelli, candidate à la présidence de LR.

Oliver Faure, chef de file des députés socialistes, a pointé "le mépris social pour les +illettrées+, les +fainéants+ et les +riens+".

Le député Front national (FN, extrême droite) Sébastien Chenu a dénoncé "une conception du travail complètement hors sol" d'Emmanuel Macron.

Le porte-parole du gouvernement Christophe Castaner a répondu aux critiques en disant "assumer qu'un président de la République puisse nommer les choses et utiliser les mots que nous utilisons tous au quotidien".

Pour le politologue Jérôme Sainte-Marie, la nouvelle déclaration polémique montre le vrai visage de M. Macron, qui a fait carrière dans le secteur privé avant de se lancer en politique.

"C'est son être social qui remonte à la surface. Le liquide amniotique du macronisme, c'est son discours manageurial: Macron parle comme on parle dans les entreprises, comme le patron de la France: il y a ceux qui bougent, qui dirigent, et les autres, les poids morts", a analysé le président de PollingVox, institut d'enquête d'opinion.

"Oui, en termes de popularité, ce n'est pas très bon", reconnaît l'expert. Les phrases polémiques de l'ancien président de droite Nicolas Sarkozy, qui avait notamment traité un opposant de "pauvre con", avaient sévèrement plombé sa popularité.

"Mais cela ne l'empêchera de passer ses réformes: son pouvoir est écrasant. Cela a d'ailleurs un effet désinhibant" sur sa parole, ajoute le politologue.

Pour Emmanuel Rivière, directeur général France de Kantar Public (institut Sofres), la petite phrase de Macron "contribue à éloigner le président en confortant une image d'une certaine brutalité et d'un président peu à l'écoute des plus démunis".

"Cela va ajouter au déplacement de ses soutiens vers la droite. Ses sympathisants de droite pensent un peu comme ça", a-t-il souligné.

Mais selon lui, cela n'est pas contradictoire avec l'image jupitérienne que le président a voulu se donner, celle d'un président fort, au-dessus de la mêlée. "On peut être assez jupitérien avec un vocabulaire mal choisi".

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