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26/09/2017 07:34 EDT | Actualisé 26/09/2017 07:40 EDT

Nouvelle controverse autour d'une exécution en Amérique

Condamné à mort par un jury comprenant un homme convaincu que les Noirs sont dépourvus d'âme, Keith Tharpe, un Afro-Américain coupable d'un meurtre, doit être exécuté mardi dans l'Etat américain de Géorgie.

Les avocats du prisonnier ont lancé d'ultimes recours judiciaires, jusqu'à la Cour suprême à Washington, pour obtenir la suspension de l'exécution sur le fondement que le racisme aurait joué un "rôle crucial" dans la sentence.

Les défenseurs du condamné soutiennent également que M. Tharpe devrait être épargné en raison de ses problèmes de santé mentale. S'ils ne sont pas entendus, leur client âgé de 59 ans recevra une injection létale à 19H00 (23H00 GMT).

A l'époque de son crime, en septembre 1990, Keith Tharpe vivait séparé de son épouse. Il avait arrêté celle-ci en route vers son travail, la femme étant accompagnée de sa soeur, Jacquelin Freeman.

L'homme avait forcé sa belle-soeur à se réfugier à l'arrière du véhicule, la blessant d'un coup de feu. Puis il l'avait jetée dans un fossé, l'achevant par balle.

Selon les procureurs, il avait ensuite violé sa femme et l'avait forcée à retirer de l'argent, mais la victime était parvenue à appeler la police.

Trois mois plus tard, Keith Tharpe avait été reconnu coupable du meurtre de Mme Freeman. Le jury, se prononçant à l'unanimité ainsi que l'exige la loi en Géorgie, avait rendu un verdict de peine capitale.

- 'Deux sortes de Noirs' -

En mai 1998, des avocats d'une ONG offrant une assistance juridique gratuite aux détenus s'étaient entretenus avec les jurés qui avaient décidé la sentence.

L'un d'entre eux, un homme blanc nommé Barney Gattie, leur avait livré ce commentaire: "Selon mon expérience, j'ai observé qu'il existait deux sortes de Noirs: les bons vieux Noirs et les nègres".

"Après avoir étudié la Bible, j'en suis venu à me demander si les Noirs avaient une âme", avait ajouté le juré aujourd'hui décédé.

M. Gattie avait validé, à plusieurs semaines d'intervalle, la teneur de son discours, affirmant seulement n'avoir pas employé le terme "nègre" comme une injure, malgré sa connotation extrêmement raciste. Il avait signé un procès-verbal écrit reproduisant ses déclarations.

Conscients du dommage potentiel pour leur action, les procureurs avaient ensuite persuadé Barney Gattie de renier ses propos, dans un autre procès-verbal, en affirmant que le juré était saoul quand il s'était exprimé la première fois.

Reste que les avocats du condamné espèrent un coup de théâtre de dernière minute en sa faveur.

- Jurisprudence favorable -

"Un juré qui met en doute le fait que les Noirs ont une âme ne peut se forger une opinion morale sensée sur le fait de savoir si un accusé noir comme M. Tharpe doit encourir le châtiment suprême", affirme Sherrilyn Ifill, présidente du Fonds juridique de la NAACP, la plus importante organisation de défense des Noirs américains.

Dans plusieurs affaires emblématiques ces dernières années, la Cour suprême des Etats-Unis a établi avec force que les préjugés racistes n'avaient pas leur place dans le système judiciaire américain.

La haute cour a notamment suspendu en février l'exécution d'un Texan qui avait été présenté lors de son procès comme potentiellement plus dangereux car étant un Noir.

Les sages de Washington ont également tranché en mai 2016 en faveur d'un Noir condamné à mort par un jury composé de 12 Blancs sélectionnés selon des critères racistes.

Le sort de M. Tharpe sera décidé au regard de cette jurisprudence récente. La Commission des grâces et libérations conditionnelles de la Géorgie a rejeté lundi un recours en clémence introduit par le détenu, mais d'autres décisions sont attendues mardi.

seb/sha