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25/09/2017 20:45 EDT | Actualisé 25/09/2017 21:00 EDT

Mexique: après le séisme, des centaines de Mexicains réalisent ne pas être assurés

Depuis le nouveau séisme qui a frappé le Mexique, Sergio Betanzos, courtier en assurances, a reçu des centaines d'appels téléphoniques affolés de compatriotes réalisant qu'ils n'étaient pas couverts pour leurs habitations menacées d'écroulement voire détruites.

Lors d'une de ces conversations, M. Betanzos demande à son interlocuteur s'il avait assuré sa maison. Celui-ci explique avoir préféré s'assurer pour ses frais médicaux. "Mais où êtes-vous assuré pour ces frais médicaux", insiste le conseiller: "En fait je ne l'ai pas encore fait, je pensais le faire...", entend-il comme réponse.

"C'est la réalité", résume cet assureur de 63 ans auprès de l'AFP: "Nous pensons seulement à nous assurer le jour où le drame arrive".

Les témoignages sont identiques auprès de ses collègues: les Mexicains ne sont pas habitués à assurer leurs habitations et leurs biens contre des risques comme ce séisme qui a tué plus de 300 personnes, principalement dans la capitale mexicaine.

Aussitôt après le drame, le secteur des assurances a ouvert des lignes téléphoniques d'urgence pour traiter les appels des citoyens, affirmant avoir des réserves de plus de 1 milliard de pesos (environ 55 millions de dollars) pour les dommages aux véhicules et aux habitations.

Mais, bien sûr, de nombreuses personnes n'appelleront pas: "Non, je n'étais pas assurée", reconnaît ainsi une femme de ménage de 60 ans contrainte de quitter son domicile, l'immeuble menaçant de s'écrouler dans l'attente des travaux de consolidation.

Et elle n'est pas seule dans cette situation. Selon le secteur de l'assurance au Mexique, seulement 5% des habitations à Mexico seraient couvertes contre le risque... A travers le pays, 31% des habitants seraient pourtant exposés aux risques de séismes, tremblements de terre, ouragans et autre éruptions volcaniques...

- 'Dernière de leurs priorités' -

"Les gens ont beau voir les dégâts que peut provoquer un séisme sur un immeuble, voir que c'est catastrophique, comme pour les incendies, les tremblements de terre, les ouragans, s'assurer reste la dernière de leurs priorités", constate Saul Montaño, courtier en assurance de 40 ans, auprès de l'AFP.

Car de précédents phénomènes ont déjà durement frappé le pays, causant pour des millions de dollars de dégâts.

Après le séisme de 1985 qui avait frappé Mexico, tuant près de 10.000 personnes, les assureurs avaient dû débourser 34,2 millions de dollars. Puis ce furent 2,6 millions de dollars après l'ouragan Wilma, qui avait balayé la péninsule du Yucatan en 2005.

Juste après ces catastrophes, de nombreux Mexicains avaient cherché à s'assurer. Mais les années passant, le soufflé est retombé.

"Après l'ouragan Wilma, au début, certaines personnes ont réalisé ce qui venait de se passer", explique à l'AFP Luis Alvarez, membre de l'AMIS, le principal regroupement d'assureurs au Mexique: "Après avoir vu ce qui pouvait leur arriver, les gens ont cherché à s'assurer, mais au bout de 4 à 5 ans, cette conscience s'est éteinte".

Selon le secteur des assurances mexicain, il faudra sans doute des mois pour pouvoir estimer les dégâts causés à Mexico et à travers le pays par ce nouveau séisme.

Le gouvernement mexicain a lui environ 9 milliards de pesos (environ 500 millions de dollars) dans un fonds d'urgence pour les catastrophes naturelles créé en 1996 pour financer les reconstructions.

Pour 2018, 6 milliards de pesos (environ 331 millions de dollars) devraient venir nourrir ce fonds, selon le ministère des Finances.

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