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26/09/2017 13:08 EDT | Actualisé 26/09/2017 13:20 EDT

Fusion Alstom-Siemens "entre égaux" mais qui inquiète en France

Les groupes français Alstom et allemand Siemens ont annoncé mardi la "fusion entre égaux" de leurs activités ferroviaires, un "Airbus du rail" qui suscite la crainte en France de perdre un fleuron national et d'une possible "casse sociale".

Le jour même où le président français Emmanuel Macron prononçait à Paris un discours très attendu sur ses "projets-clefs" pour l'Europe, Alstom et Siemens ont porté sur les fonts baptismaux un nouveau numéro un européen - et deuxième mondial - du matériel ferroviaire roulant.

Les deux groupes ont annoncé dans un communiqué commun la "signature d'un protocole d'accord qui garantit l'exclusivité de rapprocher leurs activités de mobilité dans une fusion entre égaux".

Le président Macron, fervent partisan d'un axe franco-allemand, défendrait le projet de fusion qui vise à créer un "Airbus du rail", selon une expression récemment employée par le patron d'Alstom.

Le rapprochement vise à faire le poids face à la concurrence internationale, et en particulier le chinois CRRC, premier constructeur ferroviaire au monde qui lorgne sur les marchés européens. Son chiffre d'affaires est plus du double de celui d'Alstom.

Le groupe sera côté en France et son siège sera installé en région parisienne. La direction du groupe sera assurée par le PDG d'Alstom "avec 50% du capital de la nouvelle entité détenu par Siemens", indiquent les deux entreprises. L'Etat français ne sera pas actionnaire de l'ensemble, comme il en avait la possibilité.

"Le marché mondial a changé de manière significative au cours de ces dernières années. Un acteur dominant en Asie a modifié la dynamique du marché mondial et la digitalisation impactera l'avenir de la mobilité", justifie le pdg de Siemens Joe Kaeser, cité dans le communiqué. "Nous mettons l'Europe en oeuvre et ensemble avec nos amis d'Alstom, nous créons un nouveau champion européen dans l'industrie ferroviaire pour le long terme".

Six des 11 membres du conseil d'administration du nouvel ensemble, dont son président, seront désignés par Siemens.

Certains en France craignent dans ce projet de fusion le passage sous pavillon allemand du constructeur du TGV, perçu en France comme une icône de la réussite nationale.

"C'est une immense escroquerie organisée par l'État, qui va mettre Alstom Transports, l'un des fleurons français, sous la domination complète de Siemens", a estimé Nicolas Dupont-Aignan, président du petit parti nationaliste Debout la France.

Benjamin Griveaux, secrétaire d'Etat français auprès du ministre de l'Economie, a assuré que Paris veillerait à ce qu'il s'agisse d'un "mariage entre égaux". "L'Etat s'est déjà assuré qu'un certain nombre de garanties, notamment en termes d'emploi et de gouvernance, seront inscrites dans les termes de l'accord", a ajouté M. Griveaux, interrogé à l'Assemblée nationale

- 'Choc frontal' -

Valérie Pécresse, du parti Les Républicains (droite), a dit "souhaiter (...) que cet +Airbus du ferroviaire+, qui n'est pas une mauvaise idée, ne se fasse pas au détriment de la France".

Les députés communistes ont de leur côté dénoncé "la disparition d'un fleuron de notre industrie". "L'Etat français vend ses bijoux de famille et c'est l'industrie ferroviaire qui trinque!", a jugé le député du Nord Fabien Roussel.

Selon le quotidien économique français Les Echos, les emplois seraient garantis pendant quatre ans. "Les garanties, c'est vite changé", rétorque Daniel Dreger, du syndicat CGT, deuxième chez Alstom.

"La consolidation est une nécessité pour lutter contre le mastodonte chinois, qui est deux à trois fois plus gros que nous", admet Claude Mandart, représentant du syndicat CFE-CGC, premier syndicat d'Alstom.

"Et en même temps, on est inquiet car on est en choc frontal avec Siemens sur toutes nos activités", poursuit M. Mandart.

"On ne va pas pouvoir tout garder à moyen terme, des synergies vont être trouvées, c'est d'ailleurs tout l'intérêt de l'opération, donc il y aura malheureusement de la casse sociale à moyen terme, c'est incontournable", estime-t-il.

Alstom emploie 32.800 salariés, Siemens Mobility (la branche rail) 27.100.

Le projet de rapprochement avait déjà été étudié en 2014 mais avait échoué, Alstom préférant céder ses activités énergie à l'américain General Electric et recentrer son activité sur le ferroviaire.

burs-lv/mra/lpt

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