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26/09/2017 01:50 EDT | Actualisé 26/09/2017 02:00 EDT

Divisés, les partis allemands en quête d'une majorité de gouvernement

Le monde politique allemand, sonné, commençait mardi à s'organiser après le choc des législatives afin de trouver une majorité gouvernementale malgré l'affaiblissement sans précédent des formations traditionnelles et la percée d'un parti dérivant vers l'extrême-droite.

La CDU conservatrice, avec sa chancelière Angela Merkel, et son alliée bavaroise la CSU, rassemblent leur groupe parlementaire pour la première fois depuis le scrutin de dimanche qui les a laissées à leur plus faible niveau depuis près de 70 ans.

Les yeux sont aussi rivés sur les députés de l'AfD qui se réunissent. Leur unité est en question du fait d'une dérive extrémiste de sa direction marquée notamment par l'appel très controversé du chef de campagne Alexander Gauland à être "fiers" des soldats du IIIe Reich.

- Combien de divisions ? -

La co-présidente du parti, Frauke Petry, a fait sensation lundi en annonçant, assise aux côtés des autres dirigeants de la formation, claquer la porte du groupe parlementaire.

La question est donc de savoir combien des 93 autres députés la suivront, alors que la ligne identitaire semble avoir triomphé des nationaux-conservateurs, l'AfD s'étant imposée comme la 3e force politique du pays avec près de 13% des voix.

M. Gauland a voulu calmer le jeu mardi en soulignant "que bien entendu le discours tenu pendant la campagne électorale est très différent de celui qui sera utilisé au Bundestag".

"Nous avons une grande responsabilité envers nos électeurs", a dit le responsable qui espère que Mme Petry sera seule à prendre ses distances.

La famille politique d'Angela Merkel n'aura pas une réunion facile non plus, alors que la CSU et les plus conservateurs de la CDU estiment que le cap au centre de la chancelière a conduit à l'hémorragie des voix vers l'AfD --1 million-- et au score historiquement bas de 33%.

Pour les chrétiens-démocrates les plus à droite, c'est l'incapacité de répondre aux craintes provoquées par l'ouverture des frontières en 2015 à des centaines de milliers de demandeurs d'asile qui a coûté à la chancelière et aux siens une victoire sans appel.

Avant même de négocier avec les Verts et les Libéraux du FDP pour former une majorité de gouvernement, les conservateurs devront donc s'accorder entre eux.

Ce ne sera pas chose facile, la Bavière ayant pour revendication phare le plafonnement du nombre de demandeurs d'asile acceptés chaque année ce que Angela Merkel refuse depuis deux ans.

- Tensions conservatrices -

La CSU risque cependant de se montrer intraitable après avoir enregistré elle aussi un résultat catastrophique de 38,8%, soit une perte sèche de 10 points par rapport à 2013. Et a lors qu'elle affronte une élection régionale en Bavière dans un an.

Mais satisfaire les demandes des plus conservateurs risque d'avoir pour effet de faire fuir les 67 députés Verts sans qui une coalition de gouvernement est impossible.

Réunir au sein d'une équipe centristes, aile la plus à droite des conservateurs, libéraux et écologistes s'annoncent donc comme un travail de longue haleine pour Mme Merkel. Il pourrait prendre des mois.

Sans accord, elle ne pourra entamer son quatrième mandat à la chancellerie, sauf improbable gouvernement minoritaire, et des élections anticipées pourraient être convoquées.

Néanmoins, deux jours après les élections, les Allemands se disent désormais favorables à la création de ce curieux attelage à trois baptisé "Jamaïque" en raison des couleurs noire-jaune-verte des partis concernés. A première vue contre-nature, cette alliance n'existe actuellement que dans une petite région nordique, le Schleswig-Holstein.

Selon un sondage de la chaîne publique ARD, 57% des personnes interrogées veulent que CDU/CSU, Verts et FDP forment le prochain gouvernement. Un bon de 34 points depuis dimanche ! Et 58% veulent toujours qu'Angela Merkel reste à la chancellerie.

Les tractations qui s'annoncent vont être observées de près en Europe, car l'accord de coalition traitera très certainement des réformes en zone euro.

Sans soutien allemand, les propositions que le président français Emmanuel Macron doit présenter mardi auront du mal à s'imposer. Or chez les conservateurs et les Libéraux l'idée même d'un budget commun est un épouvantail car vécue comme une tentative d'imposer aux Allemands de payer pour les dérapages budgétaires des autres.

alf/ylf/roc