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26/09/2017 08:50 EDT | Actualisé 26/09/2017 09:00 EDT

A pied dans le désert, une foule de Syriens fuit la bataille contre l'EI

En plein désert, la file s'étend jusqu'à l'horizon. Des centaines d'hommes, de femmes et d'enfants avancent péniblement sous un soleil de plomb, après avoir fui les terribles combats qui font rage dans l'est syrien contre le groupe Etat islamique (EI).

La scène se déroule dans la province de Deir Ezzor, cible de deux campagnes militaires distinctes contre l'organisation ultraradicale: l'une menée par l'armée syrienne de Bachar al-Assad appuyée par l'aviation russe, l'autre par une force soutenue dans les airs par les Etats-Unis.

Face à la pluie de bombes qui s'abat sur leurs localités, des centaines de personnes ont pris la fuite.

Elles doivent traverser 80 km à travers le désert syrien pour atteindre des camps de déplacés dans les provinces voisines de Raqa (nord) et Hassaké (nord-est).

"Cela fait deux jours que nous marchons", raconte à l'AFP Oum Mohammad, une ribambelle d'enfants se pressant à ses côtés. "On a tout laissé derrière nous pour partir à la recherche de la sécurité, loin des combats et des bombardements".

- 'Peur d'être enrôlés' -

"On a ni nourriture, ni eau, on veut juste arriver aux camps", affirme cette femme, un foulard rouge encadrant son visage ridé.

Le périple est exténuant: n'ayant plus la force de marcher, un enfant se laisse traîner au sol par son père. Sa mère, qui tient déjà un nouveau-né sur un bras, s'approche alors pour le porter sur l'autre.

Les femmes avancent drapées dans leur abayas noires, leur nourrisson dans les bras. Les enfants sont juchés sur les épaules des hommes, qui transportent baluchons et sacs de voyages renfermant leurs maigres possessions.

"Les gens partent parce qu'ils ont des malades, ils ont peur d'être enrôlés contre leur gré par l'EI, ils préfèrent fuir", lâche Khalif.

Originaire de Boukamal, ce trentenaire évoque "des bombardements intenses" sur cette ville frontalière de l'Irak.

"Les jihadistes de l'EI sont implantés au milieu de la ville et ils se font bombarder, mais il y a aussi des victimes civiles", déplore Khalif, un foulard ocre sur la tête pour se protéger du soleil.

Le long de la route, des thermos d'eau, des couvertures et des vêtements ont été abandonnés par les voyageurs cherchant à alléger le poids de leurs affaires.

Ceux qui en ont les moyens se sont massés à bord de camionnettes et de minibus. Les plus démunis effectuent le trajet à pied.

- 'La situation est terrible' -

Riche province pétrolière, Deir Ezzor l'un des derniers bastions de l'EI, qui a subi une série de défaites depuis plusieurs mois en Syrie et en Irak voisin. La province est coupée en deux par le grand fleuve Euphrate.

Sur la rive ouest, les forces du régime syrien combattent l'EI avec le soutien de l'armée russe dans les airs. Sur la rive est, ce sont les Forces démocratiques syriennes (FDS), une alliance kurdo-arabe appuyée par la coalition internationale antijihadistes emmenée par Washington, qui mènent l'offensive.

Ces dernières semaines, des dizaines de civils ont péri dans des raids aériens imputés à l'aviation russe ou à la coalition internationale.

"La situation est terrible: il y a des combats, des bombardements, la faim, tout ce que tu peux imaginer tu peux le voir là-bas", lâche Saddam Al-Mohamed, foulard vert sur le crâne.

"La route est difficile, on marche depuis hier", ajoute-t-il.

Près d'un camion-citerne, on remplit d'eau des bouteilles en plastique, on se lave le visage pour se débarrasser de la poussière de la route.

Abou Khaled fait partie des plus chanceux. Avec sa femme et sa progéniture nombreuse, il voyage à bord de sa petite camionnette.

"Les gens fuient à cause de la guerre et des avions qui bombardent les civils. Ils ont peur pour les enfants", confie Abou Khaled, installé derrière le volant, affichant une barbe fournie poivre et sel.

Sa femme, assise à ses côtés, porte encore le niqab. Ses enfants s'agglutinent sur la banquette arrière.

"Celui qui n'a personne, ne peut compter que sur l'aide de Dieu", énonce Abou Khaled.

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