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24/09/2017 23:18 EDT | Actualisé 24/09/2017 23:40 EDT

Le rêve frustré des Catalans: lever l'impôt comme les Basques

Une région riche, libre de lever l'impôt et de l'utiliser à sa guise: les privilèges fiscaux du Pays Basque et le refus de Madrid de les étendre à la Catalogne ont nourri la montée de l'indépendantisme dans la région ces dernières années.

"Pourquoi les Basques oui et les Catalans non?" résumait récemment le quotidien régional La Vanguardia.

Partout en Espagne, l'Etat central collecte la majorité des impôts puis les répartit entre les régions. Seules exceptions: le Pays Basque et sa jumelle la Navarre, qui perçoivent directement l'argent de leurs contribuables, puis décident eux-mêmes de son utilisation.

Les deux régions, dont les PIB par tête sont les plus élevés d'Espagne après Madrid, participent a minima aux dépenses de l'Etat central (essentiellement pour la défense) et au fond de solidarité interrégionale. De plus, elles bénéficient de remboursements de TVA que les autres n'ont pas.

Résultat, "les dépenses publiques au Pays Basque sont le double de la moyenne du reste de l'Espagne. C'est une inégalité insupportable et ce n'est pas indépendant du problème catalan", explique Alain Cuenca, spécialiste du financement régional à l'université de Saragosse.

Des tensions qui s'accroissent en Catalogne où les dirigeants indépendantistes ont convoqué pour le 1er octobre un référendum d'autodétermination interdit par Madrid.

Les privilèges fiscaux du Pays Basque, instaurés au 19e siècle puis partiellement abolis pendant la dictature de Franco, furent rétablis dans la Constitution démocratique de 1978.

Une décision prise en grande partie sous la pression des attentats de l'organisation séparatiste ETA, qui faisaient à l'époque des dizaines de morts par an, selon les experts interrogés par l'AFP.

Face à ce système très avantageux, "il y a une perception d'injustice de la part de beaucoup de citoyens catalans", analyse Joan Botella, professeur de sciences politiques à l'Université autonome de Barcelone. D'autant que la Catalogne fournit près de 20% du PIB espagnol, contre 6% pour le Pays Basque.

En outre, il arrive régulièrement que les Basques refusent de payer ce qu'ils doivent à l'Etat central, sans réelles sanctions, affirme M. Cuenca. "Les avions militaires par exemple, il faut les payer, mais quand ils ne sont pas d'accord (avec la somme demandée), ils ne paient pas".

Les Catalans eux, reversent à l'Etat plus d'argent qu'ils n'en reçoivent: environ 10 milliards d'euros selon Madrid, 16 milliards selon l'exécutif catalan.

Le problème fiscal "n'a pas été la seule motivation du mouvement indépendantiste, mais il a été très important", en particulier une fois obtenu l'emploi du catalan dans les écoles et les médias dans les années 1990, rappelle M. Botella.

- Calcul équitable -

L'argument décolle avec l'élection d'Artur Mas comme président de Catalogne. En 2012, il propose solennellement à Madrid un nouvel accord fiscal calqué sur le modèle basque.

Devant le refus du conservateur Mariano Rajoy, aux prises avec la crise économique depuis son arrivée au pouvoir en 2011, le Catalan convoque des élections anticipées, gagnées en 2013 en promettant un référendum d'autodétermination, une idée jusque-là cantonnée aux cercles indépendantistes les plus radicaux.

La frustration "a joué un rôle significatif" dans la montée en puissance de l'indépendantisme, commente Caroline Gray, experte des mouvements indépendantistes espagnols à l'université britannique d'Aston.

"Cela va au-delà de l'aspect financier, ce n'est pas seulement demander de l'argent pour la Catalogne, c'est demander le pouvoir de décider. C'est une question de contrôle et d'autorité", selon elle.

Grâce à leur autonomie fiscale, les Basques ont un rapport avec Madrid "qu'aucune force politique de Catalogne ne pourra jamais établir avec le gouvernement espagnol", constatait en septembre l'actuel président séparatiste catalan Carles Puigdemont.

"Le problème est que le système basque ne peut pas être étendu aux Catalans tant qu'il ne sera pas calculé d'une manière plus équitable", assure Alain Cuenca.

"Si on fait la même chose avec la Catalogne, l'Espagne fait faillite", car la région est bien plus grande, assure-t-il.

Une révision du système serait d'autant plus épineuse actuellement que Mariano Rajoy, chef d'un fragile gouvernement minoritaire, a absolument besoin des voix des cinq députés basques pour faire voter le budget de l'Espagne.

A quelques jours d'un référendum qui déchaîne les passions, "les questions économiques sont vues comme peu importantes. Mais quand la fumée se dissipera (...) la question fiscale sera à coup sûr l'un des éléments de la solution", prévoit M. Botella.

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