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25/09/2017 08:10 EDT | Actualisé 25/09/2017 08:20 EDT

La trop courte victoire de Merkel, un frein à l'Europe de Macron

La victoire en demi-teinte d'Angela Merkel aux législatives allemandes risque de contrarier les projets européens du président français Emmanuel Macron, tant ils suscitent l'opposition farouche des libéraux, alliés pressentis de la chancelière dans le nouveau gouvernement.

La reconduction pour un quatrième mandat de la "Mutti" (maman) allemande peut être une bonne nouvelle pour Macron, qui voit bien quel parti il peut tirer de la stature internationale de la chancelière.

"Nous poursuivons avec détermination notre coopération essentielle pour l'Europe et nos pays", a ainsi réagi le président français.

Mais la CDU, le parti de l'indétrônable Mme Merkel, a recueilli un score bien trop faible pour gouverner sans allié. Et son actuel partenaire, les sociaux-démocrates, ne veut plus d'un mariage qui a provoqué son effondrement dans les urnes.

Ne reste donc plus à la chancelière qu'à se jeter dans les bras des Verts, très pro-européens, mais également des libéraux du FDP, qui le sont beaucoup moins.

Cette alliance serait ainsi une mauvaise nouvelle pour M. Macron, à la veille du grand discours à Paris où il annoncera une série de "projets-clés" à l'échelle européenne dont la création d'un gouvernement économique de la zone euro, avec un ministre et un budget propre pour financer des investissements d'infrastructures.

"Un budget de la zone euro - M. Macron parle de plusieurs points du PIB européen et cela représenterait plus de 60 milliards d'euros pour l'Allemagne - où l'argent atterrirait en France pour les dépenses publiques ou en Italie pour réparer les erreurs de (Silvio) Berlusconi, serait impensable pour nous et représenterait une ligne rouge", a déjà averti le chef des libéraux allemands, Christian Lindner.

"Le nouveau gouvernement pourrait être une douche froide pour l'euphorie actuelle de Macron", en conclut Carsten Brzeski, expert chez ING Diba, à Francfort. "Le FDP et l'aile conservatrice représentent de sérieux freins à une intégration plus poussée de la zone euro", ajoute l'économiste.

"Les chances d'une entente entre la France et l'Allemagne sur la réforme de la zone euro sont limitées", renchérit Janis Emmanouilidis, analyste à l'European Policy Center (EPC) à Bruxelles.

- Des mois de négociations -

"Pour l'Europe, et singulièrement pour la France d'Emmanuel Macron, ces élections sont une mauvaise nouvelle", conclut le quotidien français Le Monde. "D'abord parce que l'Allemagne va entrer dans un long tunnel de négociations qui, sans doute, durant plusieurs mois, va la mettre aux abonnés absents. Surtout, il est probable qu'à la fin de ces négociations, les Allemands se mettent d'accord sur le dos des autres Européens".

Charles de Marcilly, de la Fondation Robert Schuman à Bruxelles, appelle cependant à "relativiser le critère eurosceptique des libéraux". "Ils sont avant tout des libéraux au sens économique. L'amélioration collective de la zone euro et de l'UE les intéresse. La porte n'est pas fermée", estime-t-il.

La présidence française a ainsi rappelé, lundi, que les libéraux ont "souligné l'importance qu'ils attachent à l'Europe". "L'important est que nous gardons le même interlocuteur. Nous avons devant nous quatre années de stabilité des gouvernements en France et en Allemagne", estime Paris.

Le vice-président de la Commission européenne Valdis Dombrovskis a ainsi dit "espérer" un gouvernement allemand "capable de montrer le chemin afin de faciliter les discussions sur un renforcement de l'Union monétaire".

Le porte-parole du gouvernement français Christophe Castaner a de son côté vu dans ce qu'il a appelé la "victoire amère" d'Angela Merkel, ternie par la poussée inédite de l'extrême droite, la preuve qu'il faut aller plus loin dans l'intégration européenne.

"Si, justement, on veut lutter contre les nationalismes, les populismes, dans chacun de nos pays, il faut une Europe puissante, forte qui protège, qui libère. Ce n'est pas le cas aujourd'hui, donc il faut réinventer l'Europe", a résumé M. Castaner.

Pour sa part, Mme Merkel a déclaré lundi qu'à la différence des libéraux, elle ne traçait "pas de ligne rouge". "Nous pouvons avoir besoin de davantage d'Europe mais cela doit conduire à davantage de compétitivité, d'emplois et d'efficacité", a-t-elle prévenu.

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