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25/09/2017 05:24 EDT | Actualisé 25/09/2017 05:40 EDT

La trop courte victoire de Merkel, un frein à l'Europe de Macron

La victoire en demi-teinte d'Angela Merkel aux législatives allemandes risque de contrarier les projets européens du président français Emmanuel Macron, tant ils suscitent l'opposition farouche des libéraux, alliés pressentis de la chancelière dans le nouveau gouvernement.

La reconduction pour un quatrième mandat de la "Mutti" (maman) allemande peut être une bonne nouvelle pour Macron, qui voit bien quel parti il peut tirer de la stature internationale de la chancelière.

"Nous poursuivons avec détermination notre coopération essentielle pour l'Europe et nos pays", a ainsi réagi le président français.

Mais la CDU, le parti de l'indétrônable Mme Merkel, n'a recueilli que 33% des voix, son pire score depuis 1949. L'échec cuisant des sociaux-démocrates (20,5%), et leur refus de renouveler leur alliance gouvernementale, devraient de plus jeter la chancelière dans les bras des Verts (8,9%), et des libéraux du FDP (10,7%).

Cette coalition dite "Jamaïque" - les couleurs noir-jaune-vert des trois partis - pourrait être bien sombre pour Macron, à la veille du grand discours qu'il doit prononcer sur l'Europe à Paris.

Le chef des libéraux, Christian Lindner, a ainsi déjà averti qu'il s'opposerait farouchement au projet de budget de la zone euro du président Macron qui espère ainsi aider à financer des investissements d'infrastructure.

"Un budget de la zone euro - M. Macron parle de plusieurs points du PIB européen et cela représenterait plus de 60 milliards d'euros pour l'Allemagne - où l'argent atterrirait en France pour les dépenses publiques ou en Italie pour réparer les erreurs de (Silvio) Berlusconi, serait impensable pour nous et représenterait une ligne rouge", a tranché M. Lindner.

"Le nouveau gouvernement pourrait être une douche froide pour l'euphorie actuelle de Macron", juge Carsten Brzeski, expert chez ING Diba, à Francfort. "Le FDP et l'aile conservatrice représentent de sérieux freins à une intégration plus poussée de la zone euro", ajoute l'économiste.

"Les chances d'une entente entre la France et l'Allemagne sur la réforme de la zone euro sont limitées", renchérit Janis Emmanouilidis, analyste à l'European Policy Center (EPC) à Bruxelles.

- Des mois de négociations -

"Pour l'Europe, et singulièrement pour la France d'Emmanuel Macron, ces élections sont une mauvaise nouvelle", conclut le quotidien français Le Monde. "D'abord parce que l'Allemagne va entrer dans un long tunnel de négociations qui, sans doute, durant plusieurs mois, va la mettre aux abonnés absents. Surtout, il est probable que, à la fin de ces négociations, les Allemands se mettent d'accord sur le dos des autres Européens".

Le porte-parole du gouvernement français Christophe Castaner a cependant vu dans ce qu'il a appelé la "victoire amère" d'Angela Merkel, ternie par la poussée inédite de l'extrême droite, la preuve qu'il faut aller plus loin dans l'intégration européenne.

"Si, justement, on veut lutter contre les nationalismes, les populismes, dans chacun de nos pays, il faut une Europe puissante, forte qui protège, qui libère. Ce n'est pas le cas aujourd'hui, donc il faut réinventer l'Europe", a résumé M. Castaner.

Charles de Marcilly, de la Fondation Robert Schuman à Bruxelles, appelle cependant à "relativiser le critère eurosceptique des libéraux". "Ils sont avant tout des libéraux au sens économique. L'amélioration collective de la zone euro et de l'UE les intéresse. La porte n'est pas fermée", estime-t-il.

Le vice-président de la Commission européenne Valdis Dombrovskis a ainsi dit "espérer que les négociations (en Allemagne) aboutiront à un gouvernement capable de montrer le chemin afin de faciliter les discussions sur un renforcement de l'Union monétaire". "Nous voyons une possibilité d'atteindre un accord", a-t-il déclaré à Bruxelles.

Pour sa part, Mme Merkel a déclaré lundi qu'à la différence des libéraux, elle ne traçait "pas de ligne rouge". "Nous pouvons avoir besoin de davantage d'Europe mais cela doit conduire à davantage de compétitivité, d'emplois et d'efficacité et donc ce n'est pas le vocabulaire à lui seul qui est important mais aussi ce qui se cache derrière. Et sur ce point, je suis en discussion avec le président français", a-t-elle déclaré.

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