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25/09/2017 08:21 EDT | Actualisé 25/09/2017 08:40 EDT

Irak: vote historique des Kurdes sur leur indépendance

Les Kurdes d'Irak ont voté lundi sur leur indépendance mais ce référendum historique risque de provoquer une escalade après l'appel du Parlement à Bagdad au déploiement de l'armée dans des zones disputées.

Si le résultat du scrutin, attendu 24 heures après la fermeture des bureaux, ne fait aucun doute -la majorité des Kurdes étant acquis au "oui"-, le président de la région autonome du Kurdistan Massoud Barzani a prévenu qu'il n'entraînerait pas aussitôt une annonce de l'indépendance mais plutôt le début de "discussions sérieuses avec Bagdad".

En maintenant le référendum malgré les pressions internationales, M. Barzani a provoqué l'ire du gouvernement central à Bagdad ainsi que celle des voisins turc et iranien principalement.

La consultation se tient au Kurdistan (nord), qui comprend les provinces d'Erbil, Souleimaniyeh et Dohouk, ainsi que dans des zones disputées avec Bagdad.

Dans une première réaction concrète, le Parlement à Bagdad a voté une résolution "exigeant du commandant en chef de l'armée (le Premier ministre Haider al-Abadi) de déployer des forces dans toutes les zones" prises par les Kurdes après l'invasion américaine de 2003.

Constitutionnellement, le gouvernement est tenu de s'y conformer.

Les territoires disputés sont situés hors du Kurdistan. Ils se trouvent dans la riche province pétrolière de Kirkouk, dans celles de Ninive (nord), de Dyala et de Salaheddine, au nord de Bagdad. La plupart ont été conquises par les combattants kurdes en 2014 à la faveur du chaos provoqué par l'offensive des jihadistes du groupe Etat islamique (EI).

- Foule nombreuse -

Interrogé par l'AFP sur les risques d'affrontements avec les forces kurdes, Saad al Hadithi, porte-parole du bureau du Premier ministre irakien, a répondu: "s'il y a des affrontements dans ces zones, la tâche des forces fédérales sera d'appliquer la loi".

"Notre prochain objectif est Kirkouk et les zones disputées occupées par des gangs armés, des hors-la-loi", a de son côté affirmé Karim al-Nouri, un chef de la brigade chiite Badr qui fait partie d'une force paramilitaire alliée au pouvoir central à Bagdad.

Les 12.072 bureaux ont fermé à 16H00 GMT (19H00 locales) après le prolongement d'une heure de la consultation face à l'afflux des votants, selon les autorités kurdes. Aucun chiffre sur la participation n'était néanmoins disponible en milieu de soirée.

Dès l'ouverture des bureaux de vote à Erbil et Souleimaniyeh, des foules nombreuses s'étaient massées à l'entrée.

"Nous allons obtenir notre indépendance par les urnes", a affirmé Diyar Omar, un employé de 40 ans portant l'habit traditionnel kurde, à son arrivée au bureau de vote à Souleimaniyeh, deuxième ville du Kurdistan.

A Erbil, devant le plus important bureau, une vache a été égorgée. "J'ai apporté cette vache car aujourd'hui c'est la naissance de l'Etat, c'est la tradition d'égorger une vache lors des naissances", a dit Dalgach Abdallah, un avocat 27 ans.

Massoud Barzani, souriant et en habit traditionnel, a voté tôt le matin. Au total quelque 5,3 millions d'inscrits devaient se prononcer.

- Couvre-feu -

A Kirkouk, l'affluence était nombreuse dans les quartiers kurdes, où les électeurs votaient en arborant des drapeaux, au son de la musique et des tirs de joie.

"Si j'avais vingt doigts j'aurais voté vingt fois pour mon Etat", a clamé Ibtissam Mohammad, 45 ans. Elle venait de tremper son index dans l'encre avant de glisser son bulletin dans l'urne.

Mais dans cette ville disputée, Arabes et Turkmènes ont boudé l'isoloir.

"J'ai le sentiment que mon identité, ma nationalité, mon patrimoine et mon histoire seront perdus", a déploré Abdallah Aouji, un enseignant turkmène de 42 ans.

Signe des fortes tensions, un couvre-feu a été décrété dans le centre de Kirkouk ainsi que dans les secteurs arabe et turkmène de cette ville "jusqu'à nouvel ordre, pour contrôler la situation sécuritaire", selon la police.

En soirée, des forces de police ont pris position dans les rues de certains quartiers en demandant aux gens de rentrer chez eux, ont constaté des journalistes de l'AFP.

Des pays voisins comme la Turquie et l'Iran, inquiets de voir leurs minorités kurdes suivre l'exemple, ont dénoncé le référendum et menacé de représailles.

L'Iran a fermé ses frontières aériennes avec le Kurdistan et la Turquie a annoncé qu'elle fermerait prochainement sa frontière terrestre avec cette région.

- Pétrole -

Ankara a en outre menacé de stopper les exportations pétrolières du Kurdistan via la Turquie, une mesure susceptible d'asphyxier l'économie de cette région.

Le Kurdistan irakien exporte son pétrole via la Turquie, sans passer par le gouvernement fédéral, depuis l'échec d'un plan de partage des revenus pétroliers avec Bagdad.

Les Kurdes, partagés entre l'Irak, la Syrie, l'Iran et la Turquie, n'ont jamais accepté le traité de Lausanne de 1923 les privant d'un État indépendant sur les dépouilles de l'empire ottoman.

Dimanche, M. Barzani s'est montré inflexible. "Le partenariat a échoué avec Bagdad. Nous sommes arrivés à la conviction que l'indépendance permettra de ne pas répéter les tragédies du passé".

Mais à Bagdad, M. Abadi a refusé le divorce. "Prendre une décision unilatérale affectant l'unité de l'Irak et sa sécurité ainsi que la sécurité de la région est contre la Constitution et la paix civile".

Ce référendum est principalement, assurent les experts, un moyen de pression pour arracher au pouvoir à Bagdad des concessions sur les contentieux du pétrole et des finances.

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