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25/09/2017 01:46 EDT | Actualisé 25/09/2017 02:00 EDT

Cambodge: l'opposition se rebelle en images contre la détention de son chef

L'opposition cambodgienne s'est rebellée lundi contre la détention de son chef en déployant de grandes affiches à son effigie, à la veille de sa demande de libération sous caution dans une sombre affaire d'"espionnage" largement jugée politique.

"Président Kem Sokha - Libération immédiate et sans condition", peut-on lire, en khmer et en anglais, sur cette affiche déployée sur la façade du siège du Parti national du secours du Cambodge (CNRP).

"Nous allons déployer ces affiches à travers nos bureaux dans les autres provinces du pays", a annoncé le vice-président du CNRP, Pol Ham, lors d'une conférence de presse à Phnom Penh.

L'initiative est risquée, dans un pays dont l'homme fort, Hun Sen, a menacé l'opposition de dissolution, au motif que des députés frondeurs ont boycotté le Parlement pour aller manifester devant la prison isolée où est détenu Kem Sokha.

La photo choisie pour l'affiche montre Kem Sokha saluant la foule lors des grandes manifestations de 2013, qui dénonçaient les fraudes électorales du régime lors des législatives.

Le choix de cette photo est un pied de nez à Hun Sen, au pouvoir depuis plus de trente ans, qui fait tout pour éviter une répétition du scénario des législatives de 2013.

Les députés de l'opposition ont prévu d'assister à l'audience de mardi, qui doit décider de la légalité de la détention de Kem Sokha. La justice cambodgienne n'a pas précisé si Kem Sokha, emprisonné à plusieurs heures de route de Phnom Penh, assisterait à l'audience.

Il n'a pas été vu depuis son arrestation le 3 septembre et attend depuis son procès pour "espionnage" à la solde de Washington, sur la base d'un discours prononcé en 2013 en Australie lors duquel il avait évoqué des voyages à l'étranger et notamment aux Etats-Unis pour discuter de son travail d'opposition. Des accusations largement considérées comme fantaisistes par les analystes.

Pour l'heure, son parti peut encore publier ses photos - mais une fois condamné, ses photos devront disparaître. Le CNRP a déjà été obligé de caviarder les photos de son chef en exil, Sam Rainsy (remplacé au pied levé par Kem Sokha) sur des milliers d'affiches déployées à travers le pays, après sa condamnation judiciaire, là aussi jugée politique.

La loi sur les partis politiques vient en effet d'être amendée par le Parlement: il est désormais interdit aux partis d'"utiliser la voix, les images ou les écrits (...) de personnes condamnées dans des affaires civiles ou criminelles liées à des intérêts politiques".

suy-dth/mdr