NOUVELLES
23/09/2017 05:06 EDT | Actualisé 23/09/2017 05:20 EDT

France: la gauche radicale de Mélenchon défie Macron dans la rue

Non au "coup d'Etat social": des milliers de manifestants défilaient samedi à Paris contre la réforme du droit du travail d'Emmanuel Macron, à l'appel du champion de la gauche radicale, Jean-Luc Mélenchon.

Le chef de file du parti de La France insoumise (LFI), qui devait s'exprimer à l'arrivée de la manifestation place de la République vers 15H00 GMT, a promis "un cyclone social" de la part des opposants à la réforme défendue par le président français.

Il espérait une participation équivalente à celle de la "Marche pour la République" qu'il avait organisée le 18 mars dernier en pleine campagne présidentielle, soit environ 130.000 personnes.

Le cortège, dont il a pris la tête, s'est mis en route en début d'après-midi, sous le soleil et aux cris de "résistance, résistance". Venus de toute la France, les militants portaient des pancartes sur lesquelles on pouvait lire: "On veut vivre, pas survivre" ou "Y'a rien de bon dans le Macron".

Le président français, qui n'entend rien céder, a solennellement paraphé vendredi devant les caméras les cinq textes modifiant le complexe code du travail français, qui compte plus de 3.000 pages.

Cette réforme, qui vise à accroître la flexibilité du marché du travail dans un pays miné par un taux de chômage de 9,6%, facilite certains licenciements et permet aux entreprises de négocier plus directement avec leurs salariés leurs conditions de travail.

Le texte a été longuement négocié pendant tout l'été avec les syndicats et le patronat. Mais sans convaincre ses détracteurs, pour lesquels il rabote des droits sociaux chèrement acquis.

En tête de la fronde, la CGT, l'un des principaux syndicats français, a déjà organisé deux journées de grève et de manifestations dans toute la France les 12 et 21 septembre, avec un succès mitigé.

Dopé par son score record à l'élection présidentielle - où il est arrivé en quatrième position avec près de 20% des voix - Jean-Luc Mélenchon espérait faire mieux samedi.

-'Redonner dignité'-

Le champion de la gauche radicale, 66 ans, dispose d'un espace politique inédit depuis que la victoire du centriste Emmanuel Macron à la présidentielle a fait imploser les partis traditionnels: le parti socialiste a été laminé par les élections, la droite est divisée sur le soutien à apporter aux réformes du nouveau président et l'extrême droite déstabilisée par la défaite de Marine Le Pen au second tour.

"L'enjeu pour Mélenchon est de s'imposer comme le principal opposant à Macron", souligne Frédéric Sawicki, professeur de sciences politiques à l'université Panthéon-Sorbonne, soulignant la portée symbolique de "l'image d'un leader entouré de milliers de gens" sur la place de la Bastille, symbole de la Révolution française de 1789, d'où est partie la manifestation.

"Il s'agit de faire une démonstration de force, presque physique", a déclaré Clémentine Autain, députée LFI.

"Emmanuel Macron humilie les gens qui ne sont pas d'accord avec lui. Le 23 septembre, c'est pour redonner dignité aux gens et faire en sorte qu'ils soient fiers d'assumer leurs opinions politiques", assure à l'AFP David Giraud, porte-parole Jeunesse de LFI.

Face au défi, le pouvoir affiche sa détermination.

"Je crois en la démocratie, mais la démocratie, ce n'est pas la rue", a asséné Emmanuel Macron en début de semaine. "Si je respecte ceux qui manifestent, je respecte aussi les électeurs français, et ils ont voté pour le changement", a-t-il insisté.

Au-delà de cette manifestation parisienne, où la mobilisation sera scrutée de près par le gouvernement, la grogne sociale va se poursuivre avec des barrages dressés dès lundi par des routiers en colère.

Suivront un mouvement de protestation des retraités le 28 septembre, ou encore des fonctionnaires, le 10 octobre.

bur-cb-jk/sg