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22/09/2017 23:00 EDT | Actualisé 22/09/2017 23:20 EDT

Côte d'Azur: coup de jeune pour la dernière demeure de Gombrowicz

La dernière demeure de Witold Gombrowicz, l'un des plus grands écrivains polonais du 20e siècle, mort en exil sur la Côte d'Azur, a été restaurée avec une aide de la Pologne qui a permis la création d'un espace musée, inauguré samedi à Vence (sud de la France).

De facture Belle Epoque avec ses plafonds Art Nouveau peints à fresque, la villa Alexandrine qui borde la place centrale de Vence, et offre un point de vue imprenable sur toutes les collines environnantes, abritait des meublés à l'époque où Witold Gombrowicz (1904-1969), parfois surnommé le "Victor Hugo polonais", y vécut de 1964 à 1969, après un premier exil en Argentine.

Polémique, impertinent, censuré par la Pologne communiste, il y reçoit le journaliste français Michel Polac, correspond avec l'artiste Jean Dubuffet, termine un roman et commence une pièce de théâtre.

La villa Alexandrine fait alors face à un hôtel Belle Epoque rasé par la suite pour y construire un immeuble sans charme. Pour lui éviter le même sort, la mairie l'avait rachetée dans les années 1980, avec l'objectif d'y faire un lieu dédié à Gombrowicz mais sans l'argent pour le faire.

La rénovation a finalement coûté 1,9 million d'euros, sans compter le budget financé par le ministère polonais de la Culture. "La ville n'aurait pas pu se payer la rénovation complète sans l'implication de l'Etat polonais", souligne Evelyne Temman, conseillère municipale de Vence déléguée aux relations internationales. Le rez-de-chaussée accueillera l'office du tourisme de la ville, le premier étage des bureaux et l'espace musée est au deuxième.

"C'est comme un rêve, Witold est parti pour une seconde vie", s'extasie avant l'inauguration la veuve de l'écrivain, Rita Gombrowicz, 82 ans. D'origine canadienne, elle était étudiante à l'époque de sa rencontre avec Gombrowicz. "Il n'est jamais retourné en Pologne et quand on vivait ici, il était interdit là-bas même si on le lisait sous le manteau. C'était l'écrivain de la liberté".

Elle fait la visite, ravie de la scénographie intimiste imaginée par l'exposition qui permet un tête-à-tête avec des portraits en noir et blanc de l'auteur et des extraits de son oeuvre. "Ici, c'était la chambre d'amis! ... Ce que j'adore, c'est que c'est ludique. Et c'était très important pour lui de jouer avec le lecteur".

La Pologne abrite un musée Gombrowicz, près de Varsovie, et Rita ajoute: "Vous savez, un écrivain émigré ne possède rien, à part sa machine à écrire, sa pipe et ses stylos, et maintenant il a deux maisons pour l'éternité!"

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