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21/09/2017 00:23 EDT | Actualisé 21/09/2017 00:40 EDT

Yémen: les Houthis défient leurs ennemis trois ans après leur conquête de la capitale

Les rebelles houthis du Yémen, soutenus par l'Iran, ont fait une démonstration de force et maintenu une attitude de défi jeudi à l'égard de leurs adversaires, trois ans jour pour jour après leur conquête de la capitale Sanaa.

Des dizaines de milliers de leurs partisans se sont rassemblés sur la grande place Sabyine, dans le centre de Sanaa, au milieu d'importantes mesures de sécurité et alors que des avions de la coalition sous commandement saoudien survolaient la capitale, selon un photographe de l'AFP.

De nombreux manifestants portaient des drapeaux yéménites et une chorale, composée d'hommes vêtus d'habits traditionnels blancs, a entonné des chants militaires.

"Depuis cette place sacrée, nous libèrerons tout le Yémen", a lancé à la foule Abdelaziz ben Habtoor, chef du gouvernement rebelle de "salut national", en dénonçant "l'occupation" de certaines provinces par l'Arabie saoudite et les Emirats arabes unis.

Le 21 septembre 2014, les Houthis, issus de la minorité zaïdite (branche du chiisme), se sont emparés de Sanaa avec l'aide de forces restées fidèles à l'ex-président Ali Abdallah Saleh, lui-même évincé du pouvoir en 2012.

Ils ont forcé le gouvernement internationalement reconnu à se réfugier dans le sud et celui-ci n'a dû son salut qu'à l'intervention militaire en mars 2015 de la coalition arabe.

Des combats et des raids aériens meurtriers ont lieu depuis trois ans et le Yémen est quasiment divisé en deux, les rebelles et leurs alliés contrôlant le nord et les forces progouvernementales appuyées par la coalition arabe étant regroupées au sud.

Les Houthis maintiennent une attitude de défi à l'égard de cette coalition, dont les piliers sont l'Arabie saoudite et les Emirats arabes unis qui ont déployé des forces spéciales, notamment dans le sud du Yémen.

Le 14 septembre, le jeune chef rebelle Abdel Malek Al-Houthi (38 ans), a menacé de tirer des missiles sur les Emirats et de lancer des attaques navales contre des sites et des pétroliers saoudiens, affirmant avoir "décelé des signes d'une nouvelle escalade militaire" contre ses partisans.

Les rebelles tirent régulièrement des missiles sur l'Arabie saoudite.

La guerre au Yémen, qui a fait plus de 8.400 morts et 48.000 blessés depuis mars 2015, a provoqué "la pire crise humanitaire de la planète", selon les Nations unies.

- Civils en première ligne -

Il y a moins d'un mois, de vives tensions ont éclaté entre les deux grands alliés du camp rebelle, qui sont à des années-lumière d'un point de vue idéologique.

Les Houthis, qui ont des points communs avec le mouvement chiite libanais Hezbollah, ont qualifié M. Saleh, un nationaliste arabe, de "traître" pour les avoir présentés comme des "miliciens".

En privé, des proches de l'ex-président ne cessaient de critiquer la gestion des affaires par les Houthis, qui n'arrivent pas à payer à temps les salaires des fonctionnaires et les soldes des militaires combattant les forces progouvernementales.

"Il est difficile de prédire" si l'alliance Houthis-Saleh va tenir mais, "dans le contexte de la guerre, le plus probable, c'est qu'ils trouvent un moyen de gommer leurs différences face à leurs ennemis communs", du moins à court et moyen terme, estime April Longley Alley, analyste associée à l'International Crisis Group.

Toutes les négociations et tentatives de cessez-le-feu ont échoué depuis trois ans au Yémen.

"Actuellement, le processus onusien est totalement bloqué" et "les seuls gagnants sont indéniablement" le réseau jihadiste Al-Qaïda, puissant dans le sud, et "un petit groupe de chefs de guerre", dit à l'AFP cette experte.

En attendant, les civils payent un lourd tribut, en particulier les enfants, victimes de "bombardements aveugles", selon l'ONU, à la fois du camp Houthis-Saleh et des avions de la coalition arabe qui commettent de "nombreuses bavures", selon des ONG.

Selon le Haut-commissariat de l'ONU aux droits de l'Homme, plus de 110 civils sont tués ou blessés en moyenne chaque semaine au Yémen.

Plus de 17 millions de Yéménites sont dans une situation d'insécurité alimentaire et certaines régions sont au bord de la famine.

Une épidémie de choléra a fait plus de 2.000 morts depuis avril et le Comité international de la Croix-Rouge estime qu'il pourrait y avoir 850.000 cas suspects d'ici la fin de l'année.

Sanaa est la seule capitale arabe contrôlée par un mouvement de rébellion armée. L'aéroport international est fermé en raison d'un blocus de la coalition arabe.

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