NOUVELLES
21/09/2017 11:54 EDT | Actualisé 21/09/2017 12:00 EDT

Togo: deuxième jour de manifestation de l'opposition dans un climat tendu

Des milliers de manifestants togolais se sont rassemblés à travers le pays jeudi, pour le deuxième jour consécutif, réclamant le départ du président Faure Gnassingbé, dans un climat tendu, après les marches de la veille où l'opposition et le gouvernement ont recensé un mort et des dizaines de blessés dans le Nord.

"On est capable de tout pour un Togo nouveau!", a affirmé à l'AFP Matawo Kossi, coiffeur dans le quartier contestataire d'Agoé à Lomé, qui manifestait dans les rues de Lomé.

Le gouvernement togolais, sous pression depuis les marches de l'opposition des 6 et 7 septembre, où plus de 100.000 personnes avaient envahi les rues de la capitale, a soumis un projet de réforme constitutionnelle au Parlement, mardi, prévoyant notamment de limiter à deux le nombre de mandats présidentiels, comme le demandait l'opposition depuis plus de 10 ans.

Il a toutefois pris soin de retirer la phrase "nul ne peut effectuer plus de deux mandats", tel qu'il était écrit dans la Constitution originelle de 1992, modifiée à plusieurs reprise.

Cette omission permettrait au président Faure Gnassingbé, au pouvoir depuis 2005, et dont le père était lui-même resté 38 ans à la tête du Togo, de se représenter pour deux mandats supplémentaires, en 2020 puis en 2025.

L'opposition, qui a boycotté le vote parlementaire, a renvoyé de facto le projet de réforme à la consultation par referendum populaire qui devrait se tenir "dans les prochains mois", a assuré un membre du gouvernement.

En attendant, le peuple togolais ne lâche pas la pression sur le pouvoir. Même si leur nombre était bien inférieur aux marches historiques des 6 et 7 septembre, le climat était beaucoup plus tendu et les esprits plus échauffés.

Les forces de sécurité, gendarmes et militaires quadrillaient la capitale togolaise en grand nombre, à pieds et sur des pick-ups équipés d'armes lourdes.

A la fin de la marche, des échauffourées ont éclaté avec des groupes de jeunes manifestants en colère qui ont refusé de suivre l'un des itinéraires prévus par les leaders de l'opposition dans le quartier Deckon, en plein centre de Lomé.

"Il y avait beaucoup de tension dans l'air aujourd'hui et une partie des gens voulaient en découdre, ils ont installé des barricades un peu partout" avant d'être finalement dispersés à coups de gaz lacrymogènes, a expliqué à l'AFP Eric Dupuy, le porte-parole du principal parti d'opposition, l'Alliance nationale pour le changement (ANC).

Le ministre de la Sécurité Yark Damehame a confirmé ces incidents lors d'un point presse, affirmant que la circulation avait été rétablie en début de soirée.

- Internet coupé -

Dans le grand nord du pays, la situation avait dégénéré dès mercredi. L'opposition a recensé 77 blessés à Bafilo, où les forces de l'ordre ont tiré avec des balles en caoutchouc. Les quatre cas les plus graves "ont dû être évacués à Sokodé", la deuxième ville du pays.

A Mango, dans l'extrême-nord du pays, un enfant de 9 ans a été tué, attisant la colère des manifestants.

Selon le gouvernement togolais, qui a mis en cause des manifestants de l'opposition ayant été vus en possession "d'armes de guerre", 25 personnes ont également été blessées mercredi à Mango, dont 10 par balles. Des maisons de cadres du parti présidentiel, l'Union pour la République (Unir), ont par ailleurs été attaquées et incendiées.

"Les militaires ont mené des expéditions punitives toute la nuit à Mango" dont une partie des habitants avaient fui en brousse, assurait quant à elle l'opposante Brigitte Adjamagbo-Johnson de CAP 2015.

Jeudi matin, des manifestants ont également dressé des barricades et brûlé des pneus dans plusieurs quartiers de Mango et Dapaong avant d'être dispersés, selon le ministre de la Sécurité.

"Malgré les déclarations des autorités en faveur de l'apaisement, la répression des manifestations par les forces armées continue au Togo", a déploré dans un communiqué François Patuel, chercheur pour l'Afrique de l'Ouest à Amnesty International.

Il a également dénoncé la suspension du réseau internet mobile depuis mercredi matin, rappelant que cela constitue "une violation du droit à la liberté d'expression et entrave le travail des journalistes et activistes des droits humains sur le terrain".

A Lomé, on assurait manifester aussi pour rendre hommage aux "frères" du Nord. Faouzia, jeune chômeuse de 26 ans, connaissait les deux militants du Parti National Panafricain (opposition) tués à Sokodé en août lors d'une manifestation du parti.

"On a tous en tête ce qu'il se passe dans le nord", assure-t-elle, le visage entouré d'un voile rose à strass. "Mes frères sont morts, et ça je ne peux pas l'oublier."

cl/spb/thm