NOUVELLES
21/09/2017 10:34 EDT | Actualisé 21/09/2017 10:40 EDT

France: la mobilisation faiblit contre la réforme du droit du travail

Des dizaines de milliers de personnes ont une nouvelle fois manifesté jeudi en France contre la réforme du droit du travail, dans l'espoir de faire pression sur le président Emmanuel Macron, mais la mobilisation sociale semble marquer le pas.

Les cortèges de contestataires ont rassemblé jeudi 132.000 personnes en France, selon le ministère de l'Intérieur, contre un décompte officiel de 223.000 manifestants lors de la première grande journée de mobilisation du 12 septembre.

Le syndicat CGT, qui avait de son côté recensé 500.000 manifestants en France le 12 septembre, a reconnu que le nombre de manifestants avait été "un peu inférieur", sans donner de chiffre.

Mais "le mécontentement est là, la mobilisation est là" et "il n'y a aucune raison de s'arrêter, bien au contraire", a martelé son secrétaire général Philippe Martinez sur Franceinfo, en comptant programmer "dans les meilleurs délais" une "nouvelle journée nationale d'actions".

Après ce mouvement syndical de jeudi viendra samedi l'action politique, avec une autre manifestation, organisée à Paris par la gauche radicale.

Son leader Jean-Luc Mélenchon, qui qualifie les réformes Macron de "coup d'Etat social", voit dans cette action le moyen de conforter son rôle de "principal opposant" au chef de l'Etat centriste, en perte de vitesse dans les sondages.

- 'Combatifs' -

"On est combatifs, ce n'est que le début... Samedi, il va y avoir la masse", a-t-il assuré jeudi.

Mais Emmanuel Macron n'a aucune intention de céder et veut promulguer dans les tout prochains jours la réforme du travail, une de ses promesses phares de campagne.

Le texte prévoit d'accroître la "flexibilité" de la réglementation du travail, de plafonner les indemnités de licenciement ou de passer outre les syndicats pour négocier dans les entreprises de moins de 50 salariés.

"Je crois en la démocratie, mais la démocratie, ce n'est pas la rue", a tranché le président français mardi. "Si je respecte ceux qui manifestent, je respecte aussi les électeurs français, et ils ont voté pour le changement", a insisté le chef de l'Etat, dont le parti a raflé une écrasante majorité des sièges à l'Assemblée nationale en juin.

Plébiscités par le patronat, les textes réformant le droit du travail doivent être examinés ce vendredi en conseil des ministres avant d'être promulgués la semaine prochaine.

Le gouvernement martèle que la réforme du Code du travail sera un remède contre le "chômage de masse". Le taux de sans-emplois atteint 9,6% en France, contre une moyenne de 7,8% en Europe.

- Front syndical divisé -

Jeudi, le FMI a une nouvelle fois "salué le large programme de réformes" du gouvernement Macron, relevant à 1,6% pour cette année et 1,8% pour 2018 ses prévisions de croissance pour la France.

Pour Philippe Braud, professeur émérite à Sciences Po, à Paris, l'exécutif semble avoir l'avantage dans le bras de fer engagé. "Le mouvement de contestation est en perte de vitesse depuis 10 ans. Il y a une forme de résignation au regard des réformes nécessaires. Les Français l'acceptent sans enthousiasme", estime-t-il.

En outre, Emmanuel Macron fait face à un front syndical divisé. S'il y a consensus entre les syndicats français pour dire que cette loi risque d'affaiblir les droits des salariés - une vision que partagent les Français selon les sondages - nombre d'entre eux n'ont pas appelé à manifester.

L'exécutif risque malgré tout de devoir essuyer la colère de la rue pendant plusieurs semaines, alors qu'il a annoncé une série de mesures d'économies impopulaires.

Lundi, ce sera au tour des routiers de manifester, qui promettent une "mobilisation massive" faisant craindre une paralysie partielle du pays. Une manifestation de retraités est attendue le 28 septembre contre une hausse d'impôts qui les pénalise particulièrement, et une autre le 10 octobre, organisée par les fonctionnaires, très remontés contre les suppressions d'emplois et la baisse de leur pouvoir d'achat.

bur-lv-dab/glr