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20/09/2017 23:51 EDT | Actualisé 21/09/2017 00:00 EDT

Emmanuel Macron suspendu aux élections allemandes

Emmanuel Macron attend beaucoup des législatives allemandes pour lui-même, la France et l'Europe. Mais s'il se réjouit d'avance de la probable reconduction dimanche de la chancelière Angela Merkel, la lune de miel risque d'être de courte durée.

Le président français n'a pas ménagé ses efforts depuis son élection en mai pour renouer un lien fort entre Paris et Berlin, avec en arrière-plan une ambition, "refonder" l'Europe après le séisme du Brexit.

Son projet européen est certes plus proche du candidat social-démocrate Martin Schulz mais il cultive aussi sa complicité avec la chancelière, issue du camp conservateur.

"Macron voit bien quel parti il peut tirer de la stature internationale d'Angela Merkel pour faire avancer ses idées en Europe", relève Ronja Kempin, experte des questions européennes à l'Institut allemand pour les affaires internationales et de sécurité (SWP).

Très actif sur la scène européenne, le président français plaide pour une réforme de la zone euro, qui se verrait dotée d'un budget, d'un ministre des Finances et d'un Parlement propres.

- Des divergences -

Le sujet soulève bien des tabous car si la France entend relancer ainsi l'investissement et la croissance en Europe, Berlin se méfie de tout ce qui pourrait ressembler à une mutualisation de dettes et insiste pour une surveillance stricte des déficits publics.

"Macron et Merkel se connaissent bien, la chancelière est prête à le soutenir mais il n'en demeure pas moins de vraies divergences", constate Claire Demesmay, politologue à l'Institut allemand de politique étrangère (DGAP) à Berlin.

Quand la France prône la "solidarité", le partage des ressources, l'Allemagne réclame plus de "contrôle" des Etats, deux principes "difficilement compatibles", souligne la chercheuse.

Qui financera le budget de l'eurozone ? De quels pouvoirs disposera son ministre des Finances ? Autant de questions qui agitent l'Allemagne, chantre de l'orthodoxie financière.

Soucieux de donner des gages, Emmanuel Macron a entrepris une série de réformes économiques et sociales afin de réduire l'endettement de son pays et de renforcer sa compétitivité.

La chancelière affiche toutefois un soutien prudent à son homologue. "Le président français se veut très ambitieux et cela ne plaît pas à tout le monde à Berlin", croit savoir le quotidien allemand Süddeutsche Zeitung, citant des sources gouvernementales.

- Le 'Roi-Soleil' -

Une fois l'élection passée, "l'Allemagne et la France ne vont pas partir en voyage de noces mais connaître des conflits très sérieux sur les finances et les institutions de l'Europe", prédit-il.

Le style du président, flamboyant et prompt à prendre les devants, en particulier n'est guère goûté à Berlin. "Macron se comporte comme s'il était le Roi-Soleil, comme s'il était touché par la grâce divine pour gouverner, cela ne passe pas très bien auprès des Allemands", confie une source gouvernementale allemande à l'AFP.

Le sort de ses ambitions européennes - qu'il exposera le 26 septembre - dépendra aussi pour beaucoup de la future coalition au pouvoir à Berlin car si Angela Merkel est assurée de l'emporter, elle aura besoin d'un partenaire pour former une majorité.

La reconduction de la "grande coalition" entre conservateurs CDU/CSU et SPD constitue de loin l'option la plus favorable pour Paris, de l'avis général.

A l'inverse, le retour au pouvoir des Libéraux (FDP), qui rejettent les propositions françaises de réforme de la zone euro, pourrait mettre Emmanuel Macron en difficulté.

"En même temps, il y a une prise de conscience très forte en Allemagne de l'urgence de faire quelque chose", souligne Hélène Miard-Delacroix, spécialiste des relations franco-allemandes à La Sorbonne, à Paris.

La montée des populismes, l'incertitude liée à Donald Trump... tout cela plaide pour une "entente directe, sans faux-semblants et constructive" entre Paris et Berlin, pointe-t-elle.

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