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19/09/2017 12:18 EDT | Actualisé 19/09/2017 12:27 EDT

Lido Pimienta, lauréate du prix Polaris, plaide pour la diversité culturelle

TORONTO — La chanteuse Lido Pimienta a remporté le très convoité prix Polaris, lundi soir à Toronto, pour son album en langue espagnole «La Papessa». Le prix qui récompense le meilleur album enregistré au Canada en 2017 est assorti d'une bourse de 50 000 $.

La candidate faisait figure de négligée sur la liste finale, sur laquelle apparaissaient notamment Leonard Cohen, A Tribe Called Red et Lisa LeBlanc.

Plusieurs pièces de l'album publié sans étiquette de disque abordent des thèmes politiques comme la crise mondiale pour l'accès à l'eau potable et le patriarcat.

Comme l'album n'est ni en français ni en anglais, il est passé sous le radar au Canada, même parmi les mélomanes bien branchés.

Un fait qui n'est pas passé inaperçu chez la lauréate d'origine colombienne, qui a immigré au Canada il y a 10 ans. Elle a parlé ouvertement d'enjeux interculturels en coulisse, disant espérer que son prix Polaris puisse être un signe que l'industrie musicale canadienne a soif de plus de diversité.

«Mon équipe et moi, nous sommes principalement des gens à la peau foncée, des personnes d'origine autochtone, des personnes noires», a-t-elle souligné, avant de lancer un message aux artistes des minorités visibles.

«Vous n'avez pas à être blanche, mince, blonde, de chanter en anglais ou en français, et vous pouvez faire ce que vous avez envie de faire et dire ce que vous avez envie de dire.»

Lido Pimienta a d'ailleurs profité de sa tribune sur les ondes de CBC pour régler ses comptes avec un hurluberlu qui l'a apostrophée lors de son arrivée au pays, il y a 10 ans.

«J'espère que le spécimen aryen qui m'a dit de retourner dans mon pays deux semaines après mon arrivée à London, en Ontario, est en train de regarder ceci.»

Elle a aussi remercié son fils, sa mère pour avoir «enduré la suprématie blanche au Canada» et les mères monoparentales pour avoir inspiré son oeuvre.

Controverse

L'artiste a toutefois laissé le public sur un certain malaise au moment de recevoir son prix sur scène.

Avant de procéder à ses remerciements, elle s'est lancée dans une tirade de reproches ponctués de jurons à l'attention des organisateurs. Lido Pimienta se plaignait de difficultés techniques concernant le son de sa performance plus tôt dans le gala.

Son introduction explosive a secoué l'auditoire composé principalement de professionnels de l'industrie de la musique.

Le prix Polaris offre généralement aux artistes une plus grande visibilité internationale. Parmi les récipiendaires passés figurent notamment Arcade Fire, Buffy Sainte-Marie et Kaytranada.

Au cours de la soirée de gala, la lauréate a rejoint sur scène une autre candidate en nomination, Tanya Tagaq, pour une puissante reprise de la chanson «Rape Me» du groupe Nirvana.

Alors que l'interprétation tirait à sa fin, des femmes en robe rouge se sont levées de leur siège pendant que la chanteuse inuite répétait «je ne suis pas la seule».

Cette prestation se voulait une suite du REDress Project, une installation artistique créée par l'artiste métisse de Winnipeg Jaime Black, qui veut attirer l'attention sur l'enjeu des femmes autochtones assassinées ou disparues.

Lido Pimienta n'a pas eu à se faire prier quand Tanya Tagaq lui a demandé d'enfiler une robe rouge pour l'occasion.

«Je suis une invitée dans ce pays, a-t-elle mentionné en coulisse. Je suis en terre colonisée. J'en suis bien consciente. Alors, quand une personne autochtone vous demande de faire quelque chose en guise de solidarité, vous ne posez pas de question et vous le faites.»