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19/09/2017 09:53 EDT | Actualisé 19/09/2017 10:00 EDT

Les travaux dans l'appartement d'un cardinal au coeur d'un procès au Vatican

Une fondation hospitalière du Vatican a financé la coûteuse rénovation de l'appartement d'un célèbre cardinal afin d'y organiser des repas événementiels pour lever des fonds auprès de riches donateurs, a justifié mardi un ex-responsable à la barre du tribunal du Saint-Siège.

Le procès de deux anciens dirigeants de la Fondation de l'hôpital pédiatrique Bambino Gesù, accusés d'avoir détourné 422.000 euros pour ces travaux de rénovation, est entré mardi dans le vif du sujet avec une première audition. L'audience de six heures a mis en évidence un immense flou dans les comptes des institutions du Vatican, auquel le pape François a promis de remédier.

Giuseppe Profiti, l'ancien président de la Fondation (chargée de collecter des fonds), est passé le premier sur la sellette.

Mais, curiosité du procès, les juges du tribunal du Vatican n'ont aucune intention de faire témoigner le bénéficiaire des travaux: le cardinal italien Tarcisio Bertone, numéro deux du Vatican (secrétaire d'Etat) sous le pape Benoît XVI, alors considéré comme le personnage le plus puissant du Saint-Siège.

Or le cardinal avait pleinement approuvé par lettre le projet marketing de M. Profiti, a précisé ce dernier mardi à la barre, tout en spécifiant: "l'idée était exclusivement la mienne".

La rénovation visait à créer un espace de prestige pour des réceptions "de 8 à 10 personnes" en présence du cardinal. "Plus c'est restreint, plus on récolte des fonds, car il y a une notion d'exclusivité", a expliqué M. Profiti, certain des retours sur investissements.

Le manager s'est d'ailleurs vanté d'avoir fait passer les dons de 2 à 5 millions de 2011 à 2014 pour l'hôpital du Vatican, avec des "événements" phares comme un concert de Noël à 250.000 euros.

Mais l'appartement du cardinal déchu n'a au final jamais servi à des déjeuners lucratifs.

Le cardinal Bertone avait cédé sa place de numéro deux du Vatican à l'automne 2013, quelque mois après l'élection du pape François, puis il s'était retiré à 80 ans de ses dernières fonctions au sein de ministères du Vatican en décembre 2014.

M. Profiti, qui ne se souvient pas si des contrats étaient établis, a admis qu'aucun contrôle financier n'avait encadré les travaux, effectués entre novembre 2013 et la fin mai 2014.

Le fameux appartement de plusieurs centaines de mètres carrés est situé près de la modeste résidence du pape. François avait tapé du poing sur la table, après les révélations de la presse sur le train de vie luxueux de plusieurs cardinaux, assurant qu'on ne pouvait pas parler de pauvreté et "mener une vie de pharaon".

D'autres audiences sont prévues jeudi et vendredi, dont celle du deuxième prévenu, l'ex-trésorier de la Fondation.

cm/elp