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14/09/2017 20:45 EDT | Actualisé 14/09/2017 21:00 EDT

ONU: Donald Trump attendu au tournant du multilatéralisme

L'Assemblée générale annuelle de l'ONU accueille la semaine prochaine à New York trois nouvelles têtes d'affiche, Donald Trump, Emmanuel Macron et Antonio Guterres, aux conceptions souvent antinomiques de la marche du monde.

Elu sur le slogan "America first" (les Etats-Unis d'abord), le président milliardaire imprévisible, verbe haut et carrure de catcheur, a choisi d'apparaître dès lundi pour faire endosser à plus d'une centaine de pays une déclaration poussant l'ONU à se réformer.

Ecarté de la préparation de cette initiative contrairement à Berlin ou Londres, Paris a réagi avec tiédeur, soulignant soutenir "pleinement" les réformes des Nations unies engagées par son secrétaire général, Antonio Guterres. Ce dernier a affirmé être prêt à des économies mais "à condition de ne pas saper l'efficacité" des missions de paix.

Washington est le premier contributeur financier à l'ONU, assurant 28,5% des 7,3 milliards de dollars de son budget d'opérations de paix, et 22% des 5,4 milliards de ses crédits de fonctionnement.

Après avoir qualifié en 2016 l'ONU de "club où les gens passent du bon temps", Donald Trump "veut tailler dans la bête", résume un diplomate. "On ne peut pas avoir seulement une perspective financière", rétorque un autre.

Sur le fond, le président américain a montré davantage d'appétence pour quitter des accords internationaux que pour défendre le multilatéralisme. Une position à l'opposé de celles de l'impétueux et jeune président français et d'Antonio Guterres, vieux routier affable de l'ONU fier de dix ans de terrain auprès des réfugiés (2005-2015).

Parlant mardi peu après Donald Trump, "Emmanuel Macron est dans une position idéale", juge Richard Gowan de l'European Council for Foreign Relations. "Si Donald Trump se fourvoie avec un discours méchant, il apparaîtra particulièrement bon" surtout s'il "développe une vision inspirée de la coopération mondiale", dit-il à l'AFP.

Les trois dirigeants seront parmi les plus sollicités pour des entretiens bilatéraux, l'Assemblée générale de l'ONU - "le plus grand évènement international de l'année", dixit la France - étant aussi chaque année la meilleure opportunité pour du "speed dating".

- Orties et solitude -

Avec Donald Trump, les sujets de divergences ne manqueront pas: son approche budgétaire des réformes de l'ONU brutalise ses interlocuteurs et son penchant pour "jeter aux orties" l'accord nucléaire avec l'Iran de 2015 donne des sueurs froides aux autres signataires (Russie, Chine, France, Grande-Bretagne et Allemagne).

"Cet accord est vraiment essentiel, il a contribué à une désescalade" et "toutes les parties ne devraient ménager aucun effort pour (qu'il) soit préservé", compte dire le patron de l'ONU à Donald Trump.

Le président américain risque aussi la solitude sur le climat, après avoir sorti son pays de l'Accord de Paris (2015). Parmi les 175 pays à l'avoir signé, plusieurs devraient insister sur la nécessité de limiter le réchauffement climatique après les ouragans puissants et multiples qui viennent de frapper le continent américain. "Le changement climatique est une menace grave" et "les évènements récents l'ont démontré", fait valoir Antonio Guterres.

La confrontation directe n'apparait toutefois pas son premier choix, même s'il a promis des mots "tout à fait éloquents" à l'ouverture mardi des dizaines de discours attendus sur plusieurs jours.

"Il n'a pas les mains liées" et se considère comme "un joueur au même niveau". "Son problème c'est de gérer les cinq permanents au Conseil de sécurité" - Etats-Unis, Russie, Chine, France, Grande-Bretagne -, explique sous anonymat un ambassadeur membre non permanent.

"Ce que les Etats attendent, c'est une vision globale de comment la bureaucratie onusienne peut être plus efficace et plus à l'écoute des besoins des populations", affirme à l'AFP Alexandra Novosseloff, de l'International Peace Institute. Pour Antonio Guterres, "il est sûr qu'il ne peut s'affranchir de ce que veulent les Etats et en particulier les plus puissants d'entre eux", relève-t-elle.

Parmi les orateurs attendus pour l'Assemblée, sont annoncés l'Iranien Hassan Rohani et l'Israélien Benjamin Netanyahu, qui réclame l'annulation de l'accord nucléaire avec Téhéran. Les dirigeants chinois, russe, et la chancelière allemande Angela Merkel (pour cause d'élection) seront absents.

Outre les allocutions officielles, limitées à quinze minutes, des centaines de réunions et évènements spécifiques sont prévus: Corée du Nord, Birmanie, Syrie, Irak, Libye, Sahel, terrorisme, armes nucléaires, migrants, abus sexuels commis par des Casques bleus, opérations de paix...

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