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15/09/2017 10:01 EDT | Actualisé 15/09/2017 10:20 EDT

Le Yémen, "un test éthique" pour la diplomatie française (ONG)

Le Yémen, en guerre depuis deux ans et demi, constitue "un test éthique" pour la diplomatie française, qui doit choisir entre la protection des civils et la vente d'armement à l'Arabie saoudite, l'un des principaux protagonistes du conflit, ont affirmé vendredi des responsables d'ONG.

"Poursuivre une coopération militaire avec un pays qui par ses crimes s'expose à la Cour pénale internationale relève de la complicité", a dénoncé Antoine Madelin, un responsable de la Fédération internationale des droits de l'Homme (FIDH) lors d'une conférence de presse à Paris.

"On a affaire à une diplomatie française qui est au mieux naïve, au pire calculatrice", a poursuivi M. Madelin, qualifiant le Yémen de "vrai test" pour la France, quatrième vendeur d'armes au monde, dont l'Arabie saoudite est un important client.

Le Yémen relève du "test éthique pour le gouvernement français, qui doit choisir entre son business et les droits humains", a acquiescé Amal Bacha, présidente du Forum des soeurs arabes pour les droits de l'Homme (SAF, une ONG yéménite), après avoir été reçue vendredi à l'Elysée et au Quai d'Orsay.

"Ce sera soit les bénéfices économiques, soit les valeurs morales. On verra qui l'emportera au prochain Conseil des droits de l'Homme de l'ONU", a-t-elle déclaré.

Ce conseil onusien, où siègent 47 pays dont la France, doit pour sa 36e session - entamée le 11 septembre et qui s'achève le 29 - se prononcer sur la création d'une commission d'enquête indépendante sur la violation des droits au Yémen, plusieurs fois évoquée mais jamais réalisée. La position française n'est pas encore connue.

Une commission nationale, solution soutenue par l'Arabie saoudite, est actuellement à l'oeuvre dans ce pays. Mais elle "n'est pas jugée impartiale", selon un rapport du conseil.

La guerre au Yémen oppose des forces progouvernementales, soutenues par l'Arabie saoudite et regroupées dans le sud, à l'alliance formée par les rebelles houthis et les forces de l'ancien président Ali Abdallah Saleh, qui contrôle la capitale et le nord du Yémen depuis septembre 2014. Elle a fait entre mars 2015 et août 2017 plus de 5.000 morts et 8.000 blessés, selon l'ONU.

"Le moment est venu pour la France de prouver qu'elle peut réconcilier pragmatisme et valeurs, et que l'âme de sa diplomatie n'est pas à vendre", a estimé Philippe Bolopion, de l'ONG Human Rights Watch, dans une tribune publiée jeudi dans Le Monde.

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