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15/09/2017 11:26 EDT | Actualisé 15/09/2017 11:40 EDT

Le Kurdistan irakien souffle le chaud et le froid sur le référendum

Le Parlement kurde irakien a voté vendredi sans surprise en faveur de la tenue le 25 septembre d'un référendum d'indépendance initié par le président Massoud Barzani qui garde toujours l'option d'un report comme le souhaite Washington.

En soirée, le Parlement basé à Erbil a approuvé lors d'un vote à main levée le rendez-vous électoral annoncé par M. Barzani en juin et dont la campagne bat son plein depuis des jours.

Le vote s'est tenu en l'absence de l'opposition qui a refusé cette séance exceptionnelle convoquée alors que le Parlement kurde ne siège plus depuis deux ans en raison de différends entre partis politiques.

Sur 68 députés présents, 65 ont voté en faveur du référendum dans une assemblée clairsemée. A l'issue du vote, au milieu de sièges vides, ils se sont levés et ont brandi des drapeaux kurdes et entonné l'hymne du Kurdistan irakien.

Le référendum inquiète les pays voisins, comme la Turquie ou l'Iran, qui redoutent que le référendum encourage les velléités séparatistes de leurs minorités kurdes.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a réagi vivement. La tenue du réferendum est "une très, trés mauvaise chose", a-t-il dit à une télévision turque.

"Si vous osez déclarer un État indépendant, pas tout le monde va l'approuver", a-t-il souligné ajoutant que le Conseil de sécurité turc se réunira le 22 septembre pour adopter une position officielle.

Le référendum préoccupe également Washington qui voit dans cette consultation une entrave à la lutte contre le groupe Etat islamique (EI), menée conjointement par Kurdes et Arabes en Syrie par exemple.

Pour tenter d'obtenir un report, les Etats-Unis et d'autres pays ont présenté à M. Barzani jeudi soir un "projet" proposant des "alternatives" au référendum, selon l'émissaire américain auprès de la coalition anti-jihadiste en Irak, Brett McGurk.

Le président kurde, qui martèle que l'indépendance est l'"unique" choix laissé aux Kurdes en l'absence d'un "partenaire" à Bagdad, s'est engagé à répondre "rapidement".

Ce vote voulu par M. Barzani intervient par ailleurs alors que son mandat a expiré en 2015.

Il s'est cependant maintenu au pouvoir, en arguant que l'Irak et le Kurdistan étaient engagés dans une campagne pour repousser les jihadistes et que les conditions ne permettaient pas de tenir des élections.

Cette réunion de l'Assemblée du Kurdistan irakien se tient après que le Parlement fédéral a voté à deux reprises cette semaine des mesures contre le référendum d'indépendance. A chaque fois, les députés kurdes ont quitté la salle en signe de protestation.

Mardi, le Parlement fédéral a voté contre la tenue de cette consultation pour "protéger l'unité de l'Irak", et jeudi, il a limogé le gouverneur de la province disputée de Kirkouk qui avait décidé, contre l'avis de Bagdad dont il dépend, d'organiser le référendum dans sa région.

- Clivages communautaires -

Le Kurdistan bénéficie depuis 1991 d'une autonomie qui s'est élargie au fil des ans.

En annonçant en juin avoir fixé la date du référendum, M. Barzani a envoyé le signal clair, estiment les experts, que l'Irak entrait dans une nouvelle phase. Après plus de trois années de combat pour chasser les jihadistes qui ont un temps tenu près d'un tiers de l'Irak, le pays revient aux problématiques confessionnelles et ethniques d'avant l'EI.

Les craintes s'accroissent sur de possibles violences impliquant notamment les peshmergas (combattants kurdes) et la myriade d'unités paramilitaires disséminées à travers le pays qui pourraient se disputer les zones reprises aux jihadistes.

L'influent commandant chiite Hadi al-Ameri, chef de l'organisation Badr, puissant groupe paramilitaire irakien soutenu par Téhéran, a multiplié ces derniers temps les mises en garde contre "la guerre civile".

Jeudi, la Turquie a averti que la tenue du référendum "aura un prix", une opposition susceptible de compromettre la viabilité d'un éventuel Etat kurde car le Kurdistan irakien tire l'essentiel de ses recettes de l'exportation de pétrole via un pipeline arrivant au port turc de Ceyhan.

Quant aux 5,5 millions de Kurdes irakiens appelés à se prononcer sur l'indépendance, ils sont eux-mêmes divisés sur l'opportunité de tenir maintenant une telle consultation.

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