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15/09/2017 08:52 EDT | Actualisé 15/09/2017 09:00 EDT

La PM serbe à la Gay pride, les militants espèrent des actes, non des gestes

Ana Brnabic, la Première ministre serbe ouvertement lesbienne, se joindra dimanche à la Gay pride, un geste inédit dans un pays traditionaliste, mais les militants pour les droits des homosexuels attendent d'elle des actes soutenant leurs revendications.

Depuis plusieurs années la Gay pride se déroule à Belgrade sans incident mais sous haute surveillance policière. En 2011, elle avait été entachée de violences faisant plus de 100 blessés et n'avait pas eu lieu les trois années suivantes.

En juin dernier, Ana Brnabic, 41 ans est devenue la première femme chef d'un gouvernement de Serbie, pays d'environ sept millions d'habitants, la majorité des chrétiens orthodoxes.

Elle est l'un des rares personnes ouvertement homosexuelle à la tête d'un exécutif dans le monde et la première en Europe de l'est.

Les militants LGBTI (lesbienne, gay, bisexuel, transgenre et intersex) sont néanmoins hésitants à qualifier l'ascension politique de la Première ministre de victoire dans la lutte pour leur cause.

Satisfaits de la "visibilité" qu'apporte à leur communauté un poste aussi important, les militants avouent néanmoins qu'ils s'attendaient à plus de soutien à leurs revendications, notamment celle en faveur de l'adoption d'une loi sur le partenariat entre personnes du même sexe.

"Au niveau juridique rien n'a changé", déplore Predrag Azdejkovic, leader du Centre d'information gay et lesbien, une organisation non-gouvernementale.

"Certains pays certains s'efforcent réellement de combattre l'homophobie, la Serbie est hésitante", a-t-il dit à l'AFP.

- "Pinkwashing" -

Ana Brnabic est entrée dans la politique l'année dernière, au poste de ministre de l'Administration publique avant d'être nommée Première ministre par son prédécesseur, le puissant serbe Aleksandar Vucic élu président. La parlement a entériné son choix.

L'événement a fait les titres de la presse internationale, mais dans les milieux LGBTI en Serbie certains commentaires allaient jusqu'à évoquer un "pinkwashing" (présenter les choses plus belles qu'elles ne le sont en réalité). La nomination d'Ana Brnabic était perçue comme une manoeuvre cherchant à améliorer l'image de la Serbie, présenter comme libéral ce pays qui négocie son adhésion à l'Union européenne.

"Je ne sais pas ce qui est plus absurde" a rétorqué Ana Brnabic vendredi intervenant à Belgrade à une conférence sur les crimes motivés par la haine.

"Que j'entende que je ne suis pas apte à diriger le gouvernement en raison de mon orientation sexuelle ou qu'au contraire j'ai hérité de ce poste uniquement en raison de mon orientation sexuelle", a expliqué Ana Brnabic.

- Société homophobe ou pas -

Récemment, elle a confié au journal britannique Guardian ne pas souhaiter être étiquetée comme "une Première ministre gay" et ajouté que les réformes juridiques souhaitées par la communauté LGBTI ne sont pas une priorité.

"Je ne pense pas que la Serbie soit aussi homophobe", a-t-elle déclaré.

"C'est une société très homophobe", assure, au contraire, Goran Miletic un des principaux organisateurs de la Gay pride.

"La violence et la discrimination sont deux des principaux problèmes", a-t-il insisté.

Plus de 70% des personnes LGBTI ont eu à faire face à des abus psychologiques en raison de leur orientation sexuelle, soit une augmentation de 15% par rapport à 2014, selon un sondage de l'Institut national démocratique basé à Washington.

Près de 40% de la population estime que l'homosexualité est une maladie, selon ce même sondage réalisé en 2015.

"L'impression est que l'Etat est fantastique, mais en réalité il ne l'est pas", souligne Jelena Vasiljevic du groupe de défense des droits des lesbiennes Labris.

"Sur le papier nous avons nos droits, mais l'application (des lois déjà adoptées, ndlr) est dans la pratique terrible", a-t-elle dit se référant notamment aux lois sur l'identité de genre ou encore sur la discrimination.

Les militants sont néanmoins d'accord pour constater que la présence d'Ana Brnabic à la Gay pride ainsi que des mesures de sécurité moins strictes cette année - 2.000 policiers contre 7.000 en 2014 pour encadrer l'événement - ainsi que l'ouverture d'un Centre d'information de la Gay pride en plein centre de Belgrade, représentent un progrès, aussi timide qu'il soit, de la condition des personnes LGBTI en Serbie.

rob/mat/elp