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15/09/2017 06:25 EDT | Actualisé 15/09/2017 07:00 EDT

L'Islande en pleine éruption politique

L'Islande a renoué avec la crise politique vendredi après le retrait d'un parti de la coalition de centre droit qui met le gouvernement en minorité et ouvre la voie à des législatives anticipées pour la deuxième fois en moins d'un an.

Avenir radieux, une formation centriste pro-européenne qui ne siège pas au gouvernement mais le soutient au parlement, accuse le Premier ministre conservateur Bjarni Benediktsson d'avoir couvert son père dans un sordide imbroglio judiciaire.

"Le comité exécutif d'Avenir radieux a décidé de mettre fin à la coopération avec le gouvernement de Bjarni Benediktsson", a fait savoir le parti dans la nuit de jeudi à vendredi sur sa page Facebook.

Avec ses 32 sièges sur les 63 que compte l'Althingi, le Parlement monocaméral de cette île de l'Atlantique nord, la coalition de centre droit, formée il y a neuf mois au prix de laborieuses négociations, avait tout juste la majorité absolue.

Cette fragile coalition, la plus éphémère de l'histoire de l'Islande, reposait sur le Parti de l'indépendance (conservateur, 21 sièges) dirigé par le Premier ministre, Avenir radieux (quatre sièges) et Renaissance ou Parti de la réforme (centre droit, sept).

La Constitution autorise dès lors plusieurs scénarios : le gouvernement minoritaire reste en place, un autre parti accepte de remplacer Avenir radieux, le président désigne un parti pour tenter de former une nouvelle coalition, ou de nouvelles élections sont convoquées.

"Le plus probable est que le Premier ministre démissionne aujourd'hui. En principe, le président doit ensuite demander au gouvernement sortant de gérer les affaires courantes" jusqu'à l'organisation de nouvelles élections, a commenté pour l'AFP Olafur Hardarson, professeur de sciences politiques à l'Université d'Islande.

"Un nouveau gouvernement majoritaire ou minoritaire pourrait aussi être constitué" sans qu'il y ait besoin de convoquer les électeurs", a relevé M. Hardarson.

Aux sources de cette nouvelle crise, Benedikt Sveinsson, le père de l'actuel Premier ministre, Bjarni Benediktsson.

Selon la presse islandaise, cet entrepreneur a signé une lettre de recommandation pour assurer l'effacement au casier judiciaire de la condamnation d'un pédophile convaincu en 2004 d'avoir violé sa belle-fille quasi-quotidiennement pendant 12 ans.

- Voix des femmes -

Après avoir purgé sa peine, le condamné, un ami du père du Premier ministre selon les médias, avait fait une demande de "rétablissement d'honneur" lui permettant de présenter un casier judiciaire vierge, ce qu'autorise la loi, sous réserve d'obtenir le soutien de personnes de bonne moralité.

Le Premier ministre a été informé de l'appui officiel de son père à cette démarche dès juillet par son ministre de la Justice mais en a maintenu ses partenaires de la coalition dans l'ignorance jusqu'à ce qu'une commission parlementaire s'empare de l'affaire.

"C'est la goutte qui fait déborder le vase", a tonné Gudlaug Kristjansdottir, présidente d'Avenir radieux, M. Benediktsson, lui-même cité dans le scandale des Panama Papers, ayant déjà retardé la publication d'un rapport sur l'évasion fiscale en pleine campagne pour les législatives.

Ses partenaires jugent désormais le lien de confiance définitivement rompu.

La procédure islandaise de réhabilitation des condamnés - qui ne change rien au verdict de culpabilité - est au coeur d'une virulente polémique publique qui a culminé ces dernières semaines avec le cas d'un autre pédophile jugé et auquel la mesure de clémence a été accordée.

De plus en plus d'Islandais voient dans cette procédure une négation des souffrances des victimes.

L'Association islandaise pour les droits des femmes a estimé vendredi que les déboires du gouvernement était dus "aux femmes qui se font fait entendre" pour dénoncer "ces agresseurs condamnés qui frappent à la porte de leurs amis pour leur demander des services".

La porte-parole du parti Pirate (opposition) a réclamé vendredi le vote d'urgence d'une révision constitutionnelle, sans qu'en soient précisés les contours.

"Le parti Pírati appelle tous les autres partis parlementaires à se conformer à cet appel", a-t-elle écrit sur Facebook.

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