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15/09/2017 03:08 EDT | Actualisé 15/09/2017 03:20 EDT

Irma: divisée entre misère et opulence, Saint-Martin rêve d'un avenir meilleur

"Everybody's equal now", tout le monde à égalité: depuis le passage de l'ouragan Irma et sa furie destructrice, l'expression fuse régulièrement sur l'île franco-néerlandaise de Saint-Martin. Les habitants espèrent un avenir meilleur, mais le fossé entre misère et opulence reste tenace.

A Quartier d'Orléans, l'un des coins les plus pauvres de Saint-Martin, Nicaise Jasaron surveille ses trois enfants. Autour, les toits en tôle sont ouverts comme des boîtes de conserve. Certaines habitations en bois ont été rayées de la carte. Dans cette zone deshéritée de l'île, l'ouragan a frappé à l'aveugle.

"On est tous dans le même bateau", estime la maman. "Le cyclone permet à tout le monde de se rendre compte que les catastrophes naturelles nous touchent tous".

La reconstruction peut-elle être une chance? "Pour réduire les inégalités, oui", veut croire cette trentenaire, native de la partie française de l'île caribéenne.

Responsable dans une boutique, elle liste ce qui lui déplaît dans "son île": l'explosion démographique, l'immobilier exorbitant, les immigrants venus d'autres îles de l'arc antillais pour "profiter" des prestations sociales françaises ou pour divers trafics (drogues, armes, prostitution)...

Selon un rapport de l'Insee de 2016, la population côté français a triplé dans les années 80, tandis que les immigrés comptent pour un tiers de la population. Le taux de chômage dépasse 30% et six habitants sur 10 touchent une aide sociale.

Avec la reconstruction à venir et alors que 600 à 1.000 personnes évacuent chaque jour Saint-Martin, "c'est peut-être l'occasion pour nous d'avoir plus de travail, d'acheter peut-être un terrain", espère Mme Jasaron. "En tout cas, l'île sera moins encombrée", en perdant quelques-uns de ses 37.000 habitants côté français (75.000 au total).

Sans héritage parental, elle reste frustrée de ne pas pouvoir "avoir un petit bout de Saint-Martin": ses 2.000 euros mensuels, avec trois enfants à charge, ne lui permettent qu'une location sur cette île, très prisée des touristes avant les ravages d'Irma.

Côté néerlandais, l'écart des revenus est lui aussi élevé. "Cela a toujours été une île de riches et de pauvres, où certaines des plus grandes fortunes du monde ont leur villa dans des quartiers qui abritent des bidonvilles", a récemment souligné le ministre néerlandais de l'Intérieur, Ronald Plasterk, de retour d'une visite à Sint-Marteen.

"Et l'écart s'est encore creusé en raison de l'ouragan car les édifices les plus solides ont subi des dégâts relativement moindres que dans les quartiers de Middle Region à Philipsburg (ville principale de la partie néerlandaise, ndlr), où les travailleurs vivent dans des résidences de piètre qualité".

- 'Millionnaire' -

Sur la pointe occidentale, les villas luxueuses des Terres Basses, dans la partie française, se vendent une fortune. Cela n'a pas empêché la nature de réclamer son dû: d'immenses toitures sont arrachées par endroits et les portails ont souvent explosé.

"Tu as beau être millionnaire, ta baraque est foutue", s'amuse Jeremy Jalton, infirmier.

Dans ce coin de paradis privatisé, le déblaiement n'a toujours pas commencé. "Nous attendons l'assurance, pour qu'elle voie les dégâts en l'état", explique Greg Hilaire, le concierge d'une de ces propriétés, située à quelques encablures d'une villa appartenant au président américain Donald Trump.

"Dans ce quartier, 95% des villas sont touchées, voire détruites", recense Gérald, agent immobilier chez Carimo, spécialisée dans les ventes à sept ou huit chiffres.

L'ouragan ne changera donc rien aux disparités criantes de Saint-Martin? Il sourit: "Ce que vous payez ici, c'est le soleil, comme dans toutes les îles (...) Imaginez qu'un ouragan rase les Champs-Elysées à Paris. Ca ne changerait rien et tout serait reconstruit au même prix".

L'ouragan pourrait en revanche permettre à la collectivité d'éradiquer les marchands de sommeil, qui sévissent dans les quartiers pauvres en louant leurs cabanons aux nombreux sans-papiers, avance Gérald. Et d'y construire plus de logements sociaux: seuls 7% des ménages sont locataires HLM, selon l'Insee.

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