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14/09/2017 07:59 EDT | Actualisé 14/09/2017 08:20 EDT

L'Amérique choquée par le calvaire de retraités en Floride

Comment donc huit pensionnaires d'une maison de retraite de Floride ont-ils pu mourir dans la touffeur qui a succédé à l'ouragan Irma ? Ce scandale, qui indigne les Américains, est entre les mains de la justice.

Le drame est d'autant plus choquant qu'il aurait pu être simplement évité avec un groupe électrogène de secours rétablissant l'air conditionné dans cet établissement hébergeant une grosse centaine de personnes.

En son absence, trois septuagénaires, deux octogénaires et trois nonagénaires ont longuement suffoqué avant d'expirer, pour certains à l'hôpital où ils ont été transportés trop tard. Ce bilan pourrait s'aggraver.

La maison Hollywood Hills, située dans la ville d'Hollywood au nord de Miami, s'était pourtant préparée à lutter contre diverses menaces engendrées par le cyclone: l'isolement, la faim, la soif, les inondations... Elle avait stocké pour une semaine de vivres.

Mais elle ne s'était pas préparée à un autre fléau, redoutable pour les personnes âgées: une intense chaleur. La température locale atteignait 32°C jeudi.

L'ouragan Irma a déferlé dimanche, mais le premier appel au numéro d'urgence 911 n'a été passé que le mercredi à 03H00 du matin, pour signaler un arrêt cardiaque. Entretemps la situation s'est détériorée durant trois jours.

La crise est déclenchée à l'origine par la mise hors service d'un transformateur assurant la ventilation en air conditionné.

"Le personnel a (alors) installé des climatiseurs portatifs et des ventilateurs pour refroidir les locaux et s'est assuré de façon continue que les résidents étaient bien hydratés", a affirmé le responsable de la maison de retraite, Jorge Carballo.

- 'Economise ton oxygène' -

Mais la température monte et atteint des niveaux intenables. Les occupants sont regroupés dans les couloirs, près des petits climatiseurs, bien insuffisants.

Jean Johnson a relaté la dernière visite qu'elle a faite à son amie Betty Hibbard, 84 ans, qui a plus tard rendu l'âme à l'hôpital.

"C'était étouffant là-dedans", a-t-elle décrit sur CNN. "Betty ne pouvait pratiquement plus parler, alors je lui ai dit: +Ecoute ma chérie, on va te laisser car on ne veut pas que tu t'épuises à parler, tu dois économiser ton oxygène+".

"Quel prix terrible à payer", a estimé Mme Johnson.

Randy Katz, directeur des urgences de l'hôpital Hollywood Memorial situé en face, a décrit une scène chaotique à son arrivée sur place mercredi: des dizaines de personnes âgées en état de déshydratation ou de détresse respiratoire, dans une atmosphère de chaudron. Trois étaient déjà décédées.

Quelque 115 pensionnaires ont été évacués, un tiers d'entre eux étant hospitalisés.

Dénonçant une tragédie "inimaginable" dans un Etat où vivent de très nombreux retraités, le gouverneur de Floride, Rick Scott, a ordonné une enquête officielle et la suspension de l'activité de l'établissement.

Les investigations pénales devront permettre d'attribuer les responsabilités. La direction d'Hollywood Hills et la compagnie Florida Power & Light, chargée de l'approvisionnement en électricité, ont commencé à se renvoyer la balle.

Dans un communiqué, Florida Power & Light a fait remarquer qu'une partie de la maison de retraite avait encore du courant, qu'elle aurait dû avoir un groupe électrogène en état de marche, et qu'un hôpital était situé en face.

Hollywood Hills avait déjà par le passé était épinglée pour divers manquements, notamment à la sécurité.

- Personne au téléphone -

La maire de la ville, Barbara Sharief, a reproché à l'établissement son absence de réaction alors que des pronostics vitaux étaient en jeu.

Le personnel d'Hollywood Hills semble également fautif sur la communication avec les proches des pensionnaires.

"Pourquoi donc ne m'ont-ils pas appelée quand l'air a cessé d'être climatisé?", s'est interrogée Carmen Fernandez, une voisine qui prenait soin d'Albertina Vega, décédée à 99 ans.

"Je l'aurais amenée (chez moi) ici", a-t-elle déclaré à CBS Miami.

Jeffrey Nova a lui appris la mort de sa mère par un journaliste, après avoir tenté en vain de joindre par téléphone l'équipe soignante depuis dimanche.

"Je me demande ce qui a bien pu se passer", a-t-il confié à CNN. Même avant l'ouragan, communiquer avec le personnel de la maison de retraite, c'était selon lui "la croix et la bannière".

Selon Michael Duffy, un expert en responsabilité juridique, la direction et le personnel de l'établissement ont eu un comportement dépassant largement la simple négligence. "Leur indifférence franchit la ligne rouge et relève du droit pénal", a-t-il commenté.

seb/elc

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