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14/09/2017 09:53 EDT | Actualisé 14/09/2017 10:00 EDT

France: Naomi, femme de "jihadiste", jugée pour deux séjours en Syrie

A 18 ans, Naomi Barbas rêvait de voir son époux religieux "tomber en martyr" sur le front syrien. Jugée jeudi au tribunal correctionnel de Paris pour financement du terrorisme et pour être allée deux fois en Syrie, elle "regrette" à demi-mots.

A la barre, la jeune femme, blouson en cuir noir et hidjab sur un visage très pâle, 23 ans et mère de deux enfants, a l'air perdue, en dit le moins possible.

"Rejoindre l'Etat islamique, avec ma petite fille, ça n'a pas été une bonne idée. Je ne le referai pas", souffle-t-elle dans un sanglot.

Elle est pourtant partie deux fois dans une zone de guerre, de décembre 2012 à fin janvier 2013 puis d'avril à juillet 2014, rejoindre un mari polygame qui la maltraitait, relève la présidente.

Naomi Barbas avait à peine 16 ans quand elle a épousé religieusement Rached Riahi, un jeune Français de six ans son aîné qui rejoindra dès 2012 un groupe jihadiste en Syrie et gravira les échelons jusqu'à être chargé de "l'entraînement des nouvelles recrues".

Rached Riahi, qui serait toujours en Syrie, a été condamné en son absence en juillet à 20 ans de réclusion criminelle pour sa participation à la filière jihadiste dite de Cannes-Torcy, dont les principaux protagonistes ont été condamnés à de lourdes peines pour un attentat antisémite raté en 2012, des projets d'attaque en France et des départs en Syrie.

Deux mois plus tard, Naomi Barbas doit elle répondre d'association de malfaiteurs à caractère terroriste, et s'expliquer, aux côtés d'un frère et d'une soeur de Rached Riahi, sur des collectes d'argents parmi leurs proches à Cannes (sud-est) et de nombreux mandats cash envoyés en Turquie, un "véritable réseau de financement" pour l'accusation.

- 'Martyr au rabais' -

Des écoutes téléphoniques révèlent que, tombée enceinte peu après son arrivée en Syrie, Naomi Barbas souhaitait "avoir un garçon car au moins il irait combattre" si son père mourrait. A l'audience, elle élude les questions, explique qu'elle voulait rentrer pour accoucher en France.

La présidente lui rappelle que quand elle apprend que son mari a été blessé, elle ne regrette qu'une chose, c'est qu'il ne puisse offrir qu'un "martyr au rabais".

Furieuse aussi quand elle découvre en 2013 que son mari a pris d'autres femmes, elle dit à une amie: "Il est parti là-bas pour défendre le jihad, étendre le drapeau d'Allah... et il a le culot de me demander de l'argent ... alors que je suis dans un pays de koufars (mécréants)".

- "Mais, fait remarquer la présidente Isabelle Prévost-Desprez, cela ne vous empêche pas de repartir en Syrie, avec votre bébé. Pourquoi?"

- "Je voulais qu'il connaisse sa fille", se borne à dire la jeune femme.

La présidente veut savoir ce que signifie "faire le jihad" pour elle. "Combattre pour instaurer la loi de Dieu", récite la prévenue, reconnaissant finalement qu'elle rejoint alors en connaissance de cause un pays "en guerre".

La juge la pousse dans ses retranchements, affirme qu'elle est non seulement "parfaitement au courant de la situation" mais qu'elle cache sciemment à sa mère son second départ, sachant qu'elle l'empêcherait de partir.

Ce deuxième séjour en Syrie, "près de la frontière irakienne", devient très vite un enfer. Naomi Barbas vit avec une des autres épouses de Riahi dans une maison où elle est régulièrement battue. A nouveau enceinte et malade, elle décide de rentrer, aidée en secret par sa mère.

Elle risque jusqu'à dix ans de prison.

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