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29/08/2017 08:49 EDT | Actualisé 29/08/2017 09:00 EDT

Merkel : on "ne peut se taire" face aux atteintes à l'Etat de droit en Pologne

La chancelière allemande Angela Merkel a dit mardi ne pas "pouvoir se taire" face aux atteintes à l'Etat de droit en Pologne, faisant référence à une réforme judiciaire controversée dont la Commission européenne a réclamé une révision.

"L'Etat de droit en Pologne est un sujet sérieux. Les principes de l'Etat de droit sont le fondement de la coopération de l'Union européenne et ce que dit la Commission européenne à ce sujet, je le prends très au sérieux", a-t-elle dit à l'occasion de sa grande conférence de presse annuelle.

"Quel que soit notre souhait d'avoir de bonnes relations, de bons rapports avec la Pologne, notre voisin (...) nous ne pouvons pas tout simplement nous taire, ne rien dire juste pour avoir la paix", a ajouté Mme Merkel.

La Commission a menacé de déclencher l'application de l'article 7 du traité de l'UE si la Pologne maintenait ses réformes en l'état. Cette procédure inédite peut aboutir à une suspension des droits de vote d'un pays au sein du Conseil de l'Union, l'instance regroupant les 28 Etats membres.

A Varsovie, la Première ministre polonaise, Beata Szydlo, a qualifié d'"injustes" les propos de certains dirigeants européens qu'elle n'a toutefois pas nommés et assuré que "la Pologne est un Etat de droit et démocratique".

"La Pologne est un pays solidaire et pro-européen. Les valeurs qui sont des fondements de l'Union européenne sont très importantes pour nous", a-t-elle martelé dans une courte vidéo postée sur les réseaux sociaux après les propos de Mme Merkel.

Le 26 juillet, l'exécutif européen avait donné un mois à Varsovie pour mettre fin à la "menace systémique" pesant sur l'Etat de droit en Pologne et "l'informer des mesures prises" en vue de modifier une série de réformes ébranlant selon lui l'indépendance de la justice.

Varsovie a contesté ces préoccupations.

La Commission a dans son collimateur plusieurs textes, dont ceux réformant la Cour suprême et le Conseil national de la magistrature. Le veto présidentiel inattendu opposé à ces deux réformes par le président polonais Andrzej Duda n'a pas suffi à la rassurer.

Bruxelles a par ailleurs entamé le 29 juillet une procédure d'infraction, plus classique, à l'encontre d'un troisième texte modifiant l'organisation des juridictions de droit commun.

Les relations entre Varsovie et l'UE se sont tendues depuis le retour au pouvoir des conservateurs nationalistes du PiS. Cette année, la Pologne a notamment très mal vécu la reconduction du Polonais Donald Tusk, contre l'avis de son propre pays, à la présidence du Conseil européen, une décision vécue comme un "diktat de Berlin".

Le chef du PiS, Jaroslaw Kaczynski a aussi affirmé que l'Allemagne rejetait sa responsabilité dans la Deuxième guerre mondiale et annoncé une loi pour réclamer des réparations à Berlin.

En mars, le gouvernement polonais a en outre accusé Berlin d'"ingérence" dans ses affaires intérieures via le groupe de presse privé germano-helvétique Ringier Axel Springer.

Varsovie est aussi en conflit avec Paris, Berlin et Vienne qui veulent un durcissement de la directive européenne sur le travail détaché permettant aux entreprises des pays où la main-d'oeuvre a un coût moindre d'envoyer à titre temporaire des travailleurs dans les pays riches, au risque de favoriser le dumping social.

La Première ministre Beata Szydlo a ainsi jugé "arrogantes" la semaine dernière les déclarations du président français Emmanuel Macron qui qualifiait de "nouvelle erreur" le refus polonais de revoir la directive.

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