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29/08/2017 09:48 EDT | Actualisé 29/08/2017 10:00 EDT

Irak: une province disputée annonce sa participation au référendum d'indépendance du Kurdistan

Le conseil provincial de Kirkouk, une région que se disputent les Kurdes irakiens et le gouvernement fédéral à Bagdad, a voté mardi en faveur d'une participation au référendum sur l'indépendance du Kurdistan, a indiqué l'un de ses membres à l'AFP.

Ce référendum prévu le 25 septembre doit poser la question d'une indépendance du Kurdistan irakien, région autonome du nord de l'Irak. De nombreux pays étrangers s'opposent à sa tenue ou à la date choisie pour l'organiser, même si ses résultats seront non-contraignants.

"Vingt-quatre des 41 membres du conseil ont participé au vote et 22 ont voté pour", a rapporté Hala Nour Eddine, membre du conseil provincial de Kirkouk.

Les membres arabes et turkmènes du conseil provincial n'ont pas participé au vote, a-t-elle précisé.

Archad al-Salhi, député au Parlement à Bagdad et président du Front turkmène, a affirmé à l'AFP que la décision du conseil de Kirkouk "créera de nouveaux conflits en Irak".

Située dans le nord du pays, la province de Kirkouk, qui compte notamment des populations kurde, arabe et turkmène, dépend du gouvernement fédéral de Bagdad et ne fait pas partie de la région actuelle du Kurdistan irakien.

Elle est bordée au nord et à l'est par les provinces kurdes d'Erbil et de Souleimaniyeh, toutes deux dépendantes de la région autonome kurde.

Le gouverneur de Kirkouk, Najm Eddine Karim, a qualifié devant les journalistes ce vote d'"événement historique".

Bagdad s'oppose fermement à la tenue de ce référendum d'indépendance et s'inquiète des ambitions kurdes sur des régions pour l'instant hors du Kurdistan irakien.

Le Premier ministre irakien Haider al-Abadi a dénoncé une décision "pas sérieuse", tandis que son porte-parole Saad al-Hadithi a qualifié d'"illégal et anticonstitutionnel" le vote du conseil provincial de Kirkouk.

"Nous refusons fermement toute mesure contraire à la Constitution et au droit", a-t-il déclaré à l'AFP. "Les provinces qui n'appartiennent pas à la région autonome (du Kurdistan) ne peuvent pas imposer de décisions sans l'aval du gouvernement fédéral et Kirkouk fait partie de ces régions", a-t-il insisté.

Le référendum est également critiqué par la Turquie et l'Iran voisins, qui craignent qu'un tel processus ne fasse tache d'huile chez leur propre minorité kurde.

Le ministère turc des Affaires étrangères a dénoncé mardi le vote à Kirkouk comme "une nouvelle erreur" après "celle de départ sur la tenue d'un référendum d'indépendance".

Parmi les cinq millions de Kurdes irakiens, les avis divergent aussi sur l'opportunité du référendum et plusieurs initiatives ont vu le jour pour réclamer un report de cette consultation.

Washington a appelé à reporter le vote, estimant que sa tenue pouvait porter préjudice à la lutte contre les jihadistes de l'organisation Etat islamique (EI).

La dispute autour de la province de Kirkouk, qui possède des ressources pétrolières, est l'une des principales raisons, affirment les observateurs, pour laquelle la bataille pour reprendre la ville de Hawija (300 km au nord de Bagdad), l'un des derniers bastions de l'EI en Irak, n'a pas encore été lancée.

La question d'une participation des combattants kurdes aux côtés des forces fédérales dans cette bataille clé reste en effet en suspens.

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